L'Eglise, bien qu'elle contienne en elle-même la plénitude des moyens de salut, œuvre de façon graduelle. 112Cf. AG 6b. Le décret conciliaire Ad Gentes a bien expliqué la dynamique du processus d'évangélisation: témoignage chrétien, dialogue et présence de la charité [11-12], annonce de l'évangile et appel à la conversion 13GS 2., catéchuménat et initiation chrétienne 14Ibid., formation de la communauté chrétienne par le moyen des sacrements et des ministères (15-18). 113Dans le dynamisme de l'évangélisation il faut distinguer les « situations initiales » (initia), les « développements progressifs » (gradus) et la situation de maturité: « à chaque condition ou état doivent correspondre des actes propres » (AG 6). C'est le dynamisme de l'implantation et de l'édification de l'Eglise.
C'est pourquoi, l'évangélisation doit être conçue comme le processus par lequel l'Eglise, animée par l'Esprit, annonce et diffuse l'Evangile dans le monde entier: – l'Eglise, animée par la charité, imprègne et transforme tout l'ordre temporel, en assumant et en renouvelant les cultures; 114Cf. EN 18-20 et RM 52-54; AG 11-12 et 22. – elle témoigne 115Cf. EN 21 et 41; RM 42-43; AG 11. parmi les peuples de la nouvelle manière d'être et de vivre qui caractérise les chrétiens; – elle proclame explicitement l'Evangile, au moyen de la « première annonce », 116EN 51.52.53. cf. CT 18. 19. 21.25; RM 44. en appelant à la conversion; 117Cf. AG 13; EN 10 et 23; CT 19; RM 46. – elle initie à la foi et à la vie chrétienne, par la « catéchèse » 118EN 22; CT 18; cf. AG 14 et RM 47. et les « sacrements d'initiation », 119AG 14; CEC 1212; cf. CEC 1229-1233. ceux qui se convertissent à Jésus-Christ, ou ceux qui recommencent à marcher à sa suite, en incorporant les uns et les autres dans la communauté chrétienne; 120Cf. EN 23; CT 24; RM 48-49; AG 15. – elle développe sans arrêt le don de la communion 121Cf. Chl 18. chez les fidèles, par l'éducation permanente de la foi (homélies, autres formes du ministère de la Parole), les sacrements et l'exercice de la charité; – elle ne cesse de promouvoir la mission, 122Cf. ChL 32 qui montre le lien intime entre « communion » et « mission ». en envoyant tous les disciples du Christ annoncer l'Evangile, en paroles et en œuvres, dans le monde entier.
Le processus d'évangélisation 123Cf. EN 24. est, par conséquent, organisé en étapes ou « moments essentiels »: 124CT 18. l'activité missionnaire pour les non-croyants et pour ceux qui vivent dans l'indifférence religieuse; l'activité catéchistique d'initiation pour ceux qui choisissent l'Evangile et pour ceux qui ont besoin de compléter ou de restructurer leur initiation; et l'action pastorale pour les fidèles chrétiens ayant déjà atteint la maturité au sein de la communauté chrétienne. 125Cf. AG 6f; RM 33 et 48. Ces moments ne constituent pas des étapes définitives: ils sont à reprendre, si nécessaire, puisqu'ils apporteront la nourriture évangélique la plus adaptée à la croissance spirituelle de chaque personne ou de la communauté elle-même. Le ministère de la Parole de Dieu dans l'évangélisation
Le ministère de la Parole 126Cf. Ac 6,4. Le ministère de la Parole divine est exercé dans l'Eglise par: – les ministres ordonnés (cf. C.I.C., cc. 756-757); – les membres d'instituts de vie consacrée, en raison de leur consécration à Dieu (cf. C.I.C., c. 758); – les fidèles laïcs, en raison de leur baptême et de leur confirmation (cf. C.I.C., c. 759). « Quant au mot ministère (servitium), il faut souligner que seule une constante référence à l'unique source que constitue le ministère du Christ... permet, dans une certaine mesure, d'appliquer aussi aux fidèles laïcs le terme de ministère sans ambiguïté... Dans ce sens originel, il exprime simplement le travail par lequel les membres de l'Eglise prolongent, en son sein et pour le monde, « la mission et le ministère du Christ » (cf. LG 34). Quand, au contraire, le terme est spécifié dans le rapport et la comparaison entre les divers munera et officia, il convient alors d'avertir clairement que c'est seulement en vertu de l'ordination sacrée qu'il acquiert cette plénitude et cette univocité de sens que la Tradition lui a toujours attribué » (Jean-Paul II, Allocution au Symposium sur la « Participation des fidèles laïcs au ministère presbytéral », n. 4: L'Osservatore Romano [23 avril 1994] est un élément fondamental de l'évangélisation. La présence chrétienne parmi les différents groupes humains et le témoignage de vie ont besoin d'être clarifiés et justifiés par l'annonce explicite de Jésus-Christ, le Seigneur. « Il n'y a pas d'évangélisation vraie si le nom, l'enseignement, la vie, les promesses, le Règne, le mystère de Jésus de Nazareth, Fils de Dieu ne sont pas annoncés ». 127EN 22; cf. EN 51-53. Même ceux qui sont déjà des disciples du Christ ont besoin d'être sans cesse nourris de la Parole de Dieu pour grandir dans leur vie chrétienne. 128Cf. EN 42-45; 54-57. Le ministère de la Parole, dans l'évangélisation, transmet la Révélation par l'Eglise, en utilisant des « paroles » humaines. Mais celles-ci sont toujours référées aux « œuvres »: à celles que Dieu a accomplies et continue d'accomplir, surtout dans la liturgie; au témoignage de vie des chrétiens; à l'œuvre de transformation que ceux-ci, avec tant d'hommes de bonne volonté, réalisent dans le monde. Cette parole humaine de l'Eglise est le moyen dont se sert l'Esprit Saint pour poursuivre le dialogue avec l'humanité. Il est en effet l'agent principal du ministère de la Parole, celui par qui « la voix vivante de l'Evangile retentit dans l'Eglise et, par l'Eglise, dans le monde ». 129DV 8c. Il y a « bien des manières » 130PO 4b; cf. cd 13c. d'exercer le ministère de la Parole. Au temps des Apôtres, 131On trouve des formes très diverses de ce ministère unique dans le Nouveau Testament: « annonce », « enseignement », « exhortation » ... la variété des expressions est remarquable. déjà, dans son désir d'offrir la Parole de Dieu de la façon la mieux adaptée, l'Eglise a réalisé ce ministère sous de nombreuses formes. 132Les modalités à travers lesquelles est canalisé l'unique ministère de la Parole ne sont pas, en réalité, intrinsèques au message chrétien. Il s'agit plutôt d'accentuations, de tonalités, de développements plus ou moins explicites, adaptés aux situations de foi de chaque personne et de chaque groupe humain dans le contexte où ils vivent. Celles-ci servent toutes à véhiculer ces fonctions de base que le ministère de la Parole est appelé à remplir. Les fonctions et les formes du ministère de la Parole de Dieu
Les principales fonctions du ministère de la Parole sont les suivantes: – Convocation et appel à la foi C'est la fonction que l'on déduit immédiatement du mandat missionnaire de Jésus. Elle se réalise par la « première annonce », adressée aux non-croyants: ceux qui ont choisi de ne pas croire, les baptisés qui vivent en marge de la vie chrétienne, ceux qui appartiennent à d'autres religions... 133Cf. EN 51-53. L'éveil religieux des enfants, dans les familles chrétiennes, est aussi une forme très importante de cette tâche. – L'initiation Ceux qui, mus par la grâce, décident de suivre Jésus sont « introduits dans la vie de la foi, de la liturgie et de la charité du Peuple de Dieu ». 134AG 14. L'Eglise réalise cette fonction, fondamentalement, par la catéchèse, en lien étroit avec les sacrements d'initiation, qu'ils aient été reçus ou qu'ils soient encore à recevoir. Parmi les formes importantes: la catéchèse des adultes non-baptisés dans le catéchuménat; la catéchèse des adultes baptisés qui souhaitent revenir à la foi, ou de ceux qui ont besoin de compléter leur initiation; la catéchèse des enfants et des jeunes qui a, de par elle-même un caractère d'initiation. De même, l'éducation chrétienne au sein de la famille et l'enseignement de la religion à l'école exercent une fonction d'initiation. – L'éducation permanente de la foi En diverses régions elle est appelée aussi « catéchèse permanente ». 135Des raisons diverses rendent légitimes les expressions « éducation permanente de la foi » ou « catéchèse permanente », à condition de ne pas relativiser le caractère prioritaire, fondamental, structurant et spécifique de la catéchèse, comprise comme initiation de base. L'expression « éducation permanente de la foi » ne se répandit dans l'activité catéchistique à partir du Concile Vatican II, que pour indiquer un second degré de catéchèse, qui suit la catéchèse d'initiation, et non pas l'activité catéchistique dans sa totalité. Voir comment cette distinction entre formation de base et formation permanente est entendue, au sujet de la formation des prêtres: Jean-Paul II, Exhortation apostolique post-synodale Pastores Dabo Vobis, chapitres V et VI, notamment le n. 71: AAS 84 (1992), pp. 729ss.; 778ss.; 782-783. Elle s'adresse aux chrétiens initiés aux éléments de base, qui ont besoin de nourrir et de mûrir sans cesse leur foi, tout au long de leur vie. Cette fonction se réalise sous des formes très variées: « systématiques ou occasionnelles, individuelles ou communautaires, organisées ou spontanées, etc. ». 136DGC (1971) 19d. – La fonction liturgique Le ministère de la Parole a également une fonction liturgique car, lorsqu'il est exercé dans une action sacrée, il en est partie intégrante. 137Cf. SC 35; CEC 1154. Il s'exprime éminemment à travers l'homélie. Les interventions et les exhortations au cours des célébrations de la Parole en constituent d'autres formes. Il faut aussi mentionner la préparation immédiate aux divers sacrements, aux célébrations sacramentelles, et surtout à la participation des fidèles à l'eucharistie, comme une forme première de l'éducation à la foi. – La fonction théologique Elle a pour but de développer l'intelligence de la foi en se plaçant dans la dynamique de la « fides quaerens intellectum », c'est-à-dire de la foi qui cherche à comprendre. 138Cf. Congrégation pour la doctrine de la foi, Instruction Donum veritatis sur la vocation ecclésiale du théologien (24 mai 1990), n. 6: AAS 82 (1990), p. 1552. Pour accomplir cette fonction, la théologie doit entrer en contact et dialoguer avec les courants philosophiques de pensée, avec les humanismes qui marquent la culture et avec les sciences humaines. Elle s'articule sous diverses formes qui favorisent « l'exposé systématique et l'étude scientifique des vérités de la foi ». 139DGC (1971) 17; cf. GS 62g.
Les formes importantes du ministère de la Parole sont: la première annonce ou prédication missionnaire; la catéchèse pré et post-baptismale; la forme liturgique et la forme théologique. Il arrive souvent que ces formes — pour des raisons pastorales —, doivent assumer plus d'une fonction. La catéchèse, par exemple, en même temps que sa fonction d'initiation, doit accomplir fréquemment des tâches missionnaires. L'homélie elle-même, selon les circonstances, devrait remplir la tâche de convocation et d'initiation organique.