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Fratelli Tutti

FT · François · 2020 · FR · 287 paragraphes · vatican.va ↗

Le cheminement vers la paix n’implique pas l’homogénéisation de la société ; il nous permet par contre de travailler ensemble. Il peut unir un grand nombre de personnes en vue de recherches communes où tous sont gagnants. Face à un objectif commun déterminé, il est possible d’apporter diverses propositions techniques, différentes expériences et de travailler au bien commun. Il faut essayer de bien identifier les problèmes que traverse une société pour accepter qu’il existe diverses façons de voir les difficultés et de les résoudre. Le chemin vers une meilleure cohabitation implique toujours que soit reconnue la possibilité que l’autre fasse découvrir une perspective légitime, au moins en partie, quelque chose qui peut être pris en compte, même quand il s’est trompé ou a mal agi. En effet, « l’autre ne doit jamais être enfermé dans ce qu’il a pu dire ou faire, mais il doit être considéré selon la promesse qu’il porte en lui »,212Message pour la 53e Journée Mondiale de la Paix 1er janvier 2020 (8 décembre 2019), n. 3 : L’Osservatore Romano, éd. en langue française (17-24 décembre 2019), p. 11. promesse qui laisse toujours une lueur d’espérance.

Comme l’ont enseigné les évêques sud-africains, la vraie réconciliation s’obtient de manière proactive, « en créant une nouvelle société fondée sur le service des autres plus que sur le désir de domination, une société fondée sur le partage avec les autres de ce que l’on possède plus que sur la lutte égoïste de chacun pour accumuler le plus de richesse possible ; une société dans laquelle la valeur d’être ensemble en tant qu’êtres humains prime incontestablement sur l’appartenance à tout autre groupe plus restreint, que ce soit la famille, la nation, la race ou la culture ».213Conférence des Évêques d’Afrique du Sud, Pastoral letter on christian hope in the current crisis (mai 1986). Les évêques de la Corée du Sud ont signalé qu’une véritable paix « ne peut être obtenue que si nous luttons pour la justice à travers le dialogue, en recherchant la réconciliation et la croissance mutuelle ».214Conférence des Évêques Catholiques de la Corée du Sud, Appeal of the Catholic Church in Korea for Peace on the Korean Peninsula (15 août 2017).

Le difficile effort de dépasser ce qui nous divise sans perdre l’identité personnelle suppose qu’un sentiment fondamental d’appartenance demeure vivant en chacun. En effet, « notre société gagne quand chaque personne, chaque groupe social, se sent vraiment à la maison. Dans une famille, les parents, les grands-parents, les enfants sont de la maison ; personne n'est exclu. Si l’un d’eux a une difficulté, même grave, bien qu’il l'ait cherchée, les autres vont à son secours, le soutiennent ; sa douleur est partagée par tous. […] Dans les familles, tous contribuent au projet commun, tous travaillent pour le bien commun, mais sans annihiler chaque membre ; au contraire, ils le soutiennent, ils le promeuvent. Ils se querellent, mais il y a quelque chose qui ne change pas : ce lien familial. Les querelles de famille donnent lieu par la suite à des réconciliations. Les joies et les peines de chacun sont assumées par tous. Ça oui c’est être famille ! Si nous pouvions réussir à voir l'adversaire politique ou le voisin de maison du même œil que nos enfants, nos épouses, époux, nos pères ou nos mères, que ce serait bien ! Aimons-nous notre société ou bien continue-t-elle d’être quelque chose de lointain, quelque chose d’anonyme, qui ne nous implique pas, que nous ne portons en nous, qui ne nous engage pas ? ».215Discours à la société civile, Quito – Equateur (7 juillet 2015) : L’Osservatore Romano, éd. en langue française (16 juillet 2015), p. 3.

Bien souvent, il est fort nécessaire de négocier et par ce biais de développer des processus concrets pour la paix. Mais les processus efficaces d’une paix durable sont avant tout des transformations artisanales réalisées par les peuples, où chaque être humain peut être un ferment efficace par son mode de vie quotidien. Les grandes transformations ne sont pas produites dans des bureaux ou dans des cabinets. Par conséquent, « chacun joue un rôle fondamental, dans un unique projet innovant, pour écrire une nouvelle page de l’histoire, une page remplie d’espérance, remplie de paix, remplie de réconciliation ».216Rencontre interreligieuse avec les jeunes, Maputo – Mozambique (5 septembre 2019) : L’Osservatore Romano, éd. en langue française (10 septembre 2019), p. 4. Il y a une “architecture” de la paix où interviennent les diverses institutions de la société, chacune selon sa compétence, mais il y a aussi un “artisanat” de la paix qui nous concerne tous. À partir de divers processus de paix réalisés en plusieurs endroits dans le monde, « nous avons appris que ces chemins de pacification, de primauté de la raison sur la vengeance, de délicate harmonie entre la politique et le droit, ne peuvent pas ignorer les cheminements des gens. On n’y arrive pas avec l’élaboration de cadres juridiques et d’arrangements institutionnels entre groupes politiques ou économiques de bonne volonté. […] De plus, il est toujours enrichissant d’introduire dans nos processus de paix l’expérience de secteurs qui, en de nombreuses occasions, ont été rendus invisibles, pour que ce soient précisément les communautés qui peignent elles-mêmes les processus de mémoire collective ».217Homélie lors de la Sainte Messe, Carthagène des Indes – Colombie (10 septembre 2017) : L’Osservatore Romano, éd. en langue française (21 septembre 2017), p. 10.

Il n’y a pas de point final à la construction de la paix sociale d’un pays. Celle-ci est plutôt « une tâche sans répit qui exige l’engagement de tous. Travail qui nous demande de ne pas relâcher l’effort de construire l’unité de la nation et, malgré les obstacles, les différences et les diverses approches sur la manière de parvenir à la cohabitation pacifique, de persévérer dans la lutte afin de favoriser la culture de la rencontre qui exige de mettre au centre de toute action, sociale et économique, la personne humaine, sa très haute dignité et le respect du bien commun. Que cet effort nous fasse fuir toute tentation de vengeance et de recherche d’intérêts uniquement particuliers et à court terme ».218Discours aux Autorités, au Corps diplomatique et à certains représentants de la société civile, Bogota - Colombie (7 septembre 2017) : L’Osservatore Romano, éd. en langue française (14 septembre 2017), p. 3. Les manifestations publiques violentes, d’un côté ou de l’autre, n’aident pas à trouver d’issues. Surtout parce que, comme l’ont bien souligné les évêques de Colombie, lorsque sont encouragées « des mobilisations citoyennes, leurs origines et leurs objectifs n’apparaissent pas toujours clairement ; il y a des genres de manipulations politiques et on a observé des appropriations en faveur d’intérêts particuliers ».219Conférence Épiscopale de Colombie, Por el bien de Colombia : dialogo, reconciliación y desarrollo integral, (26 novembre 2019), n. 4.

Notes

  1. 212. Message pour la 53e Journée Mondiale de la Paix 1er janvier 2020 (8 décembre 2019), n. 3 : L’Osservatore Romano, éd. en langue française (17-24 décembre 2019), p. 11.
  2. 213. Conférence des Évêques d’Afrique du Sud, Pastoral letter on christian hope in the current crisis (mai 1986).
  3. 214. Conférence des Évêques Catholiques de la Corée du Sud, Appeal of the Catholic Church in Korea for Peace on the Korean Peninsula (15 août 2017).
  4. 215. Discours à la société civile, Quito –Equateur (7 juillet 2015) : L’Osservatore Romano, éd. en langue française (16 juillet 2015), p. 3.
  5. 216. Rencontre interreligieuse avec les jeunes, Maputo –Mozambique (5 septembre 2019) : L’Osservatore Romano, éd. en langue française (10 septembre 2019), p. 4.
  6. 217. Homélie lors de la Sainte Messe, Carthagène des Indes – Colombie (10 septembre 2017): L’Osservatore Romano, éd. en langue française (21 septembre 2017), p. 10.
  7. 218. Discours aux Autorités, au Corps diplomatique et à certains représentants de la société civile, Bogota - Colombie (7 septembre 2017) : L’Osservatore Romano, éd. en langue française (14 septembre 2017), p. 3.
  8. 219. Conférence Épiscopale de Colombie, Por el bien de Colombia : dialogo, reconciliación y desarrollo integral, (26 novembre 2019), n. 4.