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Les Devoirs des ministres

OFFM · Ambroise de Milan · 391 · FR · 550 paragraphes · Psaumes : Vulgate · livres-mystiques.com ↗

Considérons un autre exemple : accompli en vue de la captivité, il atteignit la plus haute convenance de la beauté morale. Aucune adversité en effet n'entrave la beauté morale qui, à cette occasion, se dresse et domine plus que dans la prospérité. C'est pourquoi au milieu des chaînes, au milieu des armes, des flammes, de la servitude — qui pour des hommes libres est plus accablante que tout supplice — au milieu des affres des mourants, des ruines de la patrie, de l'épouvante des hommes, du sang des victimes, le souci de la beauté morale cependant ne quitta pas nos aïeux , mais au milieu des cendres et de la poussière de la patrie détruite, ce souci resplendit et brilla dans leurs pieuses dispositions.

De fait, alors qu'on emmenait en Perse nos pères, , qui étaient alors les adorateurs du Dieu tout-puissant, les prêtres du Seigneur prirent le feu de l'autel et le cachèrent secrètement dans une vallée. Il y avait là une sorte de puits ouvert, peu fréquenté du fait du retrait de l'eau et non ouvert à l'usage de la population, dans un endroit inconnu et dérobé aux témoins ; c'est là qu'ils déposèrent le feu, caché à la fois par un signe sacré et par le silence. Ces hommes n'eurent pas la préoccupation d'enfouir de l'or, de cacher de l'argent, pour les conserver à leurs descendants ; mais, dans l'extrémité où ils se trouvaient, gardant le souci de la beauté morale, ils pensèrent devoir conserver le feu sacré pour éviter ou bien que des impurs ne le souillassent, ou bien que le sang des défunts ne l'éteignît, ou bien qu'un amas de décombres informes ne le supprimât.

Et ainsi ils s'en allèrent en Perse, avec la liberté de leur seule religion, puisque, seule, elle ne put leur être arrachée par la captivité. Mais après un très long temps, quand il plut à Dieu, celui-ci donna au roi des Perses la pensée d'ordonner la restauration du temple, en Judée, et le rétablissement des cérémonies prescrites par la loi, à Jérusalem. Et en vue de cette tâche, le roi des Perses envoya le prêtre Néhémie . Mais celui-ci emmena avec lui les petits-fils de ces prêtres qui, sur le point de s'éloigner de la terre de leurs pères, avaient caché le feu sacré pour qu'il ne fût pas détruit. Mais quand ils arrivèrent, ainsi que l'a rapporté le récit des pères, ils ne trouvèrent pas de feu, mais de l'eau. Et comme le feu manquait pour embraser les autels, le prêtre Néhémie leur enjoignit de puiser l'eau, de la lui apporter et de la répandre sur le bois. Alors, chose admirable à voir, bien que le ciel fût un tissu de nuages, le soleil soudain brilla, un grand feu s'alluma, en telle sorte que tous, à l'occasion d'une grâce aussi évidente du Seigneur, frappés de stupeur devant le fait, étaient inondés de joie. Néhémie priait, les prêtres chantaient un hymne à Dieu. Et lorsque le sacrifice fut consumé, Néhémie ordonna de nouveau d'inonder de grandes pierres avec l'eau qui restait ; cela fait, la flamme s'alluma, mais la lumière qui brillait venant de l'autel fut aussitôt absorbée.

La chose lui ayant été révélée par un rapport, le roi des Perses fit faire un temple à l'endroit où le feu avait été caché et où ensuite l'eau fut trouvée, temple auquel on apportait des dons très nombreux. Ceux qui se trouvaient avec le saint Néhémie appelèrent ce temple « Epathar », terme qui a le sens de purification ; le plus grand nombre le nomme «Naphte». On trouve dans les écrits du prophète Jérémie qu'il ordonna de prendre du feu, à ceux qui viendraient ensuite. Ce feu est celui qui tomba sur le sacrifice de Moïse et le consuma, selon qu'il est écrit : « Le feu sortit du Seigneur et consuma l'ensemble des holocaustes qui étaient sur l'autel ». Il fallait que le sacrifice fût sanctifié par ce feu, et c'est pourquoi, en ce qui concerne les fils d'Aaron, qui voulurent introduire un tout autre feu, de nouveau le feu sortit du Seigneur et les consuma, si bien que, morts, ils furent rejetés hors du camp. Or venant en cet endroit, Jérémie découvrit une maison en forme de caverne ; il y porta la tente, l'arche et l'autel de l'encens, et boucha l'entrée. Lorsque ceux qui étaient venus avec lui la recherchèrent fort attentivement, afin de repérer pour eux-mêmes l'endroit, ils ne purent en aucune manière le reconnaître et le découvrir. Mais quand Jérémie apprit qu'ils avaient cherché à l'atteindre, il dit : « L'endroit sera inconnu jusqu'à ce que Dieu rassemble l'assemblée de son peuple et devienne favorable. Alors Dieu montrera tout cela et la majesté du Seigneur apparaîtra. »