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Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · Psaumes : Vulgate · docteurangelique.free.fr ↗

Article 1 — Si même un laïc peut conférer ce sacrement ?

Objections :

1. Oui, semble-t-il, puisqu’au dire de saint Jacques c’est la prière qui rend ce sacrement efficace. Or il peut se faire que la prière d’un laïc soit agréée de Dieu tout aussi bien que celle d’un prêtre. Un laïc peut donc conférer ce sacrement.

2. On rapporte que certains Pères en Egypte faisaient porter de l’huile aux malades et que ceux-ci guérissaient ; pareillement que sainte Geneviève oignait d’huile les malades. C’est donc que ce sacrement peut être conféré même par des laïcs

Cependant :

Ce sacrement procure la rémission des péchés ; or ceci n’est pas au pouvoir des laïcs, donc...

Conclusion :

Saint Denys le pseudo-aréopagite affirme au Livre de la Hiérarchie ecclésiastique que certains exercent les actes hiérarchiques, et que d’autres ne font que les recevoir ; or ce sont précisément les laïcs. L’administration d’aucun des sacrements ne peut donc leur revenir d’office ; et s’ils peuvent baptiser, en cas de nécessité, c’est en vertu d’une dispense que Dieu leur accorde, pour que personne ne soit privé de la possibilité d’être spirituellement régénéré.

Solutions :

1. Ce n’est pas en son nom propre que le prêtre dit la formule de prière de l’extrême-onction, car alors il pourrait ne pas être exaucé, puisqu’il peut se faire qu’il soit un pécheur. Mais il la dit au nom de l’Église entière, au nom de laquelle il peut prier en sa qualité de personne publique ; ce qu’un laïc, qui est une personne privée, ne peut faire.

2. Les onctions dont il est question ici n’avaient pas valeur sacramentelle. Si donc elles avaient une efficacité pour la guérison du corps, c’était en raison de la dévotion de ceux sur qui elles étaient faites, et des mérites de ceux qui les faisaient ou de ceux qui avaient envoyé l’huile, par une "grâce de guérison ", et non en vertu d’une grâce sacramentelle.

Article 2 — Les diacres peuvent-ils conférer ce sacrement ?

Objections :

1. Oui, cela paraît possible. Toujours selon saint Denys le pseudo-aréopagite, les diacres ont en effet un pouvoir de "purification". Or ce sacrement n’a été institué que pour purifier des infirmités, tant de l’âme que du corps. Les diacres peuvent donc donner l’extrême-onction.

2. Le sacrement de baptême est plus digne que celui-ci. Or les diacres peuvent baptiser, comme nous le voyons dans le cas de saint Laurent. Par conséquent ils peuvent donner l’extrême-onction.

Cependant :

Saint Jacques (5, 14) dit : "Qu’il appelle les presbytres de l’Église !"

Conclusion :

Le diacre a seulement le pouvoir de "purifier", et non celui d'"illuminer". Puis donc que l’illumination est produite par la grâce, le diacre ne peut donner en vertu de son office aucun des sacrements qui confère la grâce ; et donc pas celui-ci, vu qu’il est en ce cas.

Solutions :

1. C’est en vertu de l’illumination produite par la grâce que ce sacrement purifie. Il n’appartient donc pas au diacre de l’administrer.

2. Ce sacrement n’est pas d’absolue nécessité. Aussi la charge de l’administrer n’a pas été commise à tous dans le cas de nécessité, mais seulement à ceux à qui cela revient de par leur office. D’ailleurs il n’appartient pas non plus aux diacres de baptiser à ce titre.

Article 3 — Si l’évêque seul peut conférer ce sacrement ?

Objections :

1. Oui, semble-t-il, car ce sacrement s’administre au moyen d’onctions, tout comme la confirmation ; or l’évêque seul peut confirmer ; donc seul aussi il peut donner l’extrême-onction.

2. Qui ne peut le moins ne peut le plus. Mais l’usage d’une matière sanctifiée est plus digne que l’acte par lequel on la sanctifie, vu qu’il est la fin de cet acte. Puis donc que le prêtre n’a pas le pouvoir de sanctifier la matière, il ne peut non plus en avoir l’usage.

Cependant :

Au témoignage de saint Jacques (5, 15), le ministre de ce sacrement doit être appelé auprès de celui qui est dans le cas de le recevoir. Mais un évêque ne peut aller à tous les malades de son diocèse. C’est donc qu’il n’est pas le seul à pouvoir conférer ce sacrement.

Conclusion :

Selon saint Denys le pseudo-aréopagite, la fonction de l’évêque consiste proprement à "rendre parfait", comme celle du prêtre à "illuminer". Est donc réservée aux évêques la collation des sacrements qui mettent ceux qui les reçoivent dans un état de perfection au-dessus des autres. Or ce n’est pas le cas pour ce sacrement, vu qu’il est donné à tous. Il peut donc être administré par les simples prêtres.

Solutions :

1. La confirmation, comme on l’a dit (IIIa Q. 72, a. 5), imprime un caractère grâce auquel l’homme se trouve placé dans un état de perfection. Mais ceci n’a pas lieu dans ce sacrement. Le cas n’est donc pas pareil.

2. Bien que dans l’ordre des causes finales faire usage d’une matière consacrée soit plus digne que la sanctifier, dans celui des causes efficientes, c’est cette dernière action qui l’emporte, car l’usage dépend de la même personne comme de sa cause active. C’est pourquoi sanctifier requiert une vertu active de degré plus élevé que faire usage.