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Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · Psaumes : Vulgate · docteurangelique.free.fr ↗

Article 1 — Ce sacrement doit-il être réitéré ?

Objections :

1. Non, semble-t-il, car l’onction faite sur un homme est plus digne que celle que l’on fait sur une pierre. Or, on ne réitère pas l’onction d’un autel, sauf s’il a été brisé. Par conséquent l’onction ultime, qui a été faite sur un homme, ne doit pas, elle non plus, être réitérée.

2. Après le dernier, il n’y a plus rien. Or l’onction dont nous parlons est dite "dernière". Il n’y a donc pas lieu de la réitérer.

Cependant :

Ce sacrement est une sorte de traitement spirituel administré par mode de soins corporels ; or, on réitère de tels soins ; par conséquent ce sacrement lui aussi doit être réitéré.

Conclusion :

Aucun sacrement ayant un effet qui doit demeurer toujours ne doit être réitéré : en agissant autrement on manifesterait en effet que le sacrement a été impuissant à produire son effet, ce qui serait lui faire injure. Mais un sacrement qui a un effet seulement temporaire peut, lui, être réitéré, sans qu’il lui soit fait injure, de telle sorte que l’effet perdu revive. Puis donc que la santé du corps et de l’âme, qui sont les effets de l’extrême-onction, peuvent être perdus après avoir été produits par le sacrement, il faut conclure que l’extrême-onction peut être réitérée, sans qu’il lui soit fait injure.

Solutions :

1. L’onction faite sur la pierre est ordonnée à la consécration de l’autel lui-même, et cette consécration subsiste aussi longtemps que l’autel demeure. On ne peut donc la réitérer. Mais l’onction dont il est question ici n’a pas pour fin la consécration de l’homme, puisqu’elle n’imprime en lui aucun caractère. Ce n’est donc pas pareil.

2. Ce que l’on estime communément être dernier ne l’est pas toujours en réalité. C’est ainsi que ce sacrement est appelé l’extrême-onction, parce qu’il ne doit être donné qu’à ceux dont, selon l’estimation commune, la mort est prochaine.

Article 2 — Doit-on réitérer ce sacrement au cours d’une même maladie ?

Objections :

1. Non, semble-t-il, car pour une maladie, c’est assez d’un remède. Or ce sacrement est une sorte de remède spirituel. Il n’y a donc pas à le réitérer dans la même maladie.

2. Si les Onctions pouvaient être réitérées dans une même maladie, il se ferait qu’un malade pourrait être oint à longueur de journée, ce qui est une absurdité.

Cependant :

Une maladie se prolonge quelquefois après qu’on a reçu l’extrême-onction, de sorte qu’on contracte à nouveau de ces "restes des péchés" contre lesquels ce sacrement a été principalement établi. Il convient donc, en ce cas, de renouveler les onctions.

Conclusion :

Ce sacrement n’a pas rapport seulement au genre de la maladie, mais à sa gravité, vu qu’il ne peut être donné qu’à ceux que l’on estime être proches de la mort. Mais certaines maladies ne sont pas de longue durée. Que l’on vienne en ce cas à donner l’extrême-onction lorsqu’il y a danger de mort, le malade qui est en cet état ne pourra en sortir que par guérison, et il n’y a pas lieu alors de réitérer le sacrement. Et s’il y a une récidive du mal, ce sera en réalité une autre maladie, pour laquelle on pourra de nouveau procéder à une onction. Mais il y a aussi des maladies qui durent longtemps, comme l’hectique, l’hydropisie et autres pareilles. En celles-là on ne doit faire d’onctions que si la maladie paraît mettre la vie en danger. Supposé maintenant que le malade arrive à sortir de cet état, tout en conservant la même infirmité, et qu’ultérieurement il soit de nouveau en danger de mort on peut de nouveau l’extrémiser, car on se trouve en une autre phase de la maladie, bien qu’absolument parlant, ce ne soit pas une autre maladie.

1 et 2. La solution des objections est ainsi rendue évidente.

Après l’étude du sacrement de l’Extrême onction, nous abordons celle du sacrement de l’Ordre :

- 1° De l’Ordre en général ;

- 2° Puis de la distinction des ordres, des ministres de l’Ordre, de ce qui fait obstacle à la réception des ordres ;

- 3° Enfin de questions annexes au sacrement de l’Ordre.

Au sujet de l’Ordre en général, trois points sont à considérer :

- 1° Sa nature et ses éléments constitutifs.

- 2° Son effet ;

- 3° Les sujets qui le reçoivent.