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Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · Psaumes : Vulgate · docteurangelique.free.fr ↗

Article 1 — Est-ce que l’ange peut illuminer l’homme ?

Objections :

1. Il semble que l’ange ne puisse illuminer l’intelligence de l’homme. En effet, c’est par la foi que l’homme est illuminé, et c’est pourquoi Denys [La Hiérarchie Céleste, ch. 3] attribua l’illumination au baptême, lequel est le sacrement de la foi. Mais, selon l’Écriture [Éphésiens, ch. 2, v. 8], la foi procède immédiatement de Dieu : ¨ Vous êtes sauvés par la grâce, au moyen de la foi, et non par vous-mêmes : elle est en effet un don de Dieu. ¨ L’homme se trouve donc à ne pas être illuminé par l’ange, mais immédiatement par Dieu.

2. Par ailleurs, en commentant ce passage de l’Écriture [Romains, ch. 1, v. 19] : ¨ Dieu leur manifesta…¨, la Glose ordinaire déclare que ¨ non seulement la raison naturelle fut utile pour manifester à l’homme les choses divines, mais en outre Dieu lui-même les leur révéla par ses œuvres ¨, c’est-à-dire par les créatures. Or, l’une et l’autre, c’est-à-dire à la fois la raison naturelle et les créatures, viennent immédiatement de Dieu. Donc, Dieu illumine immédiatement l’homme sans recourir aux anges.

3. Quiconque est illuminé est conscient d’être illuminé. Mais les hommes ne sont pas conscients d’être illuminés par les anges. Ils ne sont donc pas illuminés par eux.

Cependant : Denys [La Hiérarchie Céleste, ch. 4] prouve que les révélations sur les choses divines parviennent à l’homme par l’intermédiaire des anges. Or, de telles révélations sont des illuminations, ainsi que nous l’avons dit précédemment [q. 106, art. 1 ; q. 107, art. 2]. Les hommes sont donc illuminés par les anges.

Réponse :

Je réponds qu’il faut dire, puisque l’ordre de la Providence divine commande que les êtres inférieurs soient soumis aux opérations des êtres supérieurs, comme nous l’avons dit précédemment [q. 109, art. 2 ; q. 110, art. 1], tout comme les anges inférieurs sont illuminés par les anges supérieurs, de même les hommes, étant inférieurs aux anges, sont illuminés par eux.

Néanmoins, les modalités de ces deux illuminations sont en un sens semblables, en un autre sens, différentes. Nous avons dit en effet plus haut [q. 106, art. 1] que l’illumination, qui est une manifestation de la vérité divine, se vérifie par deux critères essentiels : premièrement selon que l’intelligence inférieure se trouve à être renforcée par l’intelligence supérieure ; deuxièmement selon que les espèces intelligibles présentes dans l’intelligence supérieure sont proposées à l’intelligence inférieure pour que cette dernière puisse se les approprier. Et c’est justement ce qui se produit chez les anges dans la mesure où un ange supérieur adapte la vérité universelle qu’il a conçue à un ange inférieur, conformément aux capacités de ce dernier, ainsi que nous l’avons dit plus haut [q. 106, art. 1]. Mais l’intelligence humaine, de son côté, ne peut saisir la vérité universelle telle qu’elle est en elle-même, car il lui est connaturel de la saisir en se tournant vers les images, comme nous l’avons dit précédemment [q. 84, art. 7]. C’est pourquoi les anges proposent aux hommes la vérité intelligible au moyen de représentations des choses sensibles ; c’est ce qui fait dire à Denys [La Hiérarchie Céleste, ch. 1] : ¨ Il est impossible que le rayon divin nous illumine autrement qu’entouré d’une grande diversité de voiles sacrés. ¨ D’un autre côté, l’intelligence humaine, inférieure à l’intelligence angélique, est fortifiée par l’action de cette dernière. C’est donc de ces deux manières que se vérifie l’illumination que l’homme reçoit de l’ange.

Solutions :

1. Il faut dire en premier lieu que deux choses contribuent à la foi. Premièrement, l’habitus de l’intelligence par lequel elle est disposée à obéir à la volonté qui tend à la vérité divine : l’intelligence tend en effet à la vérité de la foi non pas parce qu’elle en est convaincue par la raison, mais parce que la volonté le lui commande ; en effet, nul ne croit que s’il le veut, comme le dit saint Augustin [Sur l’Évangile de Jean, traité 26]. Et sous ce rapport, la foi ne peut venir que de Dieu.

Deuxièmement, il est nécessaire à la foi que les vérités à croire soient proposées au croyant, ce qui est réalisé par l’homme en tant que ¨ la foi vient de ce que l’on entend ¨, comme le dit l’Apôtre [Romains, ch. 10, v. 17] ; mais cela est réalisé principalement par les anges en tant qu’ils révèlent aux hommes les choses divines. Et c’est en ce sens que les anges accomplissent quelque chose sur le plan de l’illumination de la foi.

Cependant, les hommes sont illuminés par les anges non seulement quant à ce qu’il faut croire, mais aussi quant à ce qu’il faut faire.

2. Il faut dire en deuxième lieu que la raison naturelle, qui vient immédiatement de Dieu, peut être fortifiée par l’ange, comme nous l’avons dit dans le corps de l’article. De même, la vérité intelligible, tirée des espèces reçues des créatures, est d’autant plus élevée que l’intelligence humaine est plus forte. C’est ainsi que l’homme est aidé par l’ange pour parvenir plus parfaitement à la connaissance des choses divines à partir des créatures.

3. Il faut dire en troisième lieu que l’opération intellectuelle, tout comme l’illumination, peuvent se prendre de deux manières. Premièrement du côté de la chose connue elle-même, et en ce sens quiconque connaît ou est illuminé, sait qu’il connaît ou est illuminé car il connaît la chose qui lui est manifestée. Mais elles peuvent aussi se prendre du côté du principe même qui connaît, et en ce sens ce n’est pas tout sujet qui connaît quelque vérité qui connaît du même coup ce qu’est l’intelligence, laquelle est le principe de l’opération intellectuelle. De la même manière, ce n’est pas tout sujet qui est illuminé par l’ange qui connaît qu’il est illuminé par l’ange.

Article 2 — Est-ce que les anges peuvent modifier la volonté de l’homme ?

Objections :

1. Il semble que les anges ne puissent modifier la volonté de l’homme car la Glose, commentant ce passage de l’Apôtre [Hébreux, ch. 1, v. 7] : « Lui qui fait de ses anges des esprits, et de ses ministres une flamme brûlante…», déclare au sujet des anges : « Ils sont du feu par leur ardeur spirituelle, alors qu’ils brûlent nos vices ». Mais il ne peut en être ainsi que s’ils modifient notre volonté. Les anges peuvent donc modifier notre volonté.

2. Par ailleurs, Bède, au sujet de ce passage de l’Écriture [Matthieu, ch. 15, v. 11] : « Ce qui sort de la bouche…» affirme que « le diable ne se limite pas à semer les mauvaises pensées, mais il les allume ». Saint Jean Damascène dit en outre qu’il les sème aussi. Il ajoute [De la Foi Orthodoxe, L. 2, ch. 4] : « Les démons ont non seulement le pouvoir d’imaginer toute malice et toute passion immonde, mais aussi celui de les insinuer dans l’homme ». De la même manière, les bons anges insinuent dans l’homme les bonnes pensées et les y allument. Mais ils ne peuvent réaliser cela qu’en modifiant la volonté de l’homme. Ils peuvent donc modifier la volonté de l’homme.

3. L’ange, en outre, illumine l’intelligence de l’homme par l’intermédiaire des images, ainsi que nous l’avons montré dans l’article précédent. Mais, tout comme l’imagination, qui est au service de l’intelligence, peut être modifiée par l’ange, de même l’appétit sensible, qui est au service de la volonté, peut être modifié par l’ange : en effet, l’appétit sensible est lui-même une puissance qui doit recourir à un organe corporel. En conséquence, tout comme l’ange illumine l’intelligence de l’homme, de même il peut modifier sa volonté.

Cependant :

L’Écriture [Proverbes, ch. 2, v. 1] nous dit : « Le cœur du roi est dans la main du Seigneur ; il le tourne vers Lui comme il veut ».

Réponse :

Je réponds qu’il faut dire que la volonté peut être modifiée de deux manières. Premièrement, de l’intérieur, et de cette manière, puisque le mouvement de la volonté n’est rien d’autre qu’une inclination de la volonté vers la chose voulue, il n’appartient qu’à Dieu de modifier la volonté, puisque c’est lui qui donne à la nature intellectuelle d’être capable d’une telle inclination. En effet, tout comme une inclination de la nature ne vient que de Dieu qui donne cette nature, de même une inclination de la volonté ne peut venir que de Dieu qui crée la volonté.

Deuxièmement, la volonté peut être mue de l’extérieur, ce qui ne se produit chez l’ange que d’une seule manière, c’est-à-dire par le bien appréhendé par son intelligence. C’est pourquoi, en tant qu’un être est cause de ce qu’un objet est appréhendé par un autre être comme un bien à désirer, en ce sens on peut dire qu’il meut sa volonté. Et même en ce sens Dieu seul peut mouvoir efficacement une volonté, tandis que l’ange et l’homme ne peuvent la mouvoir que par mode de persuasion.

Mais outre ce mode, la volonté peut encore être mue autrement de l’extérieur chez les hommes : par exemple, par une passion s’exerçant sur l’appétit sensible, comme lorsque la volonté, à partir d’un désir ou d’une colère, est inclinée à vouloir quelque chose. C’est ainsi que les anges, en tant qu’ils peuvent provoquer de telles passions chez l’homme, peuvent modifier sa volonté sans toutefois que cet effet s’ensuive nécessairement : en effet, la volonté demeure toujours libre de consentir à la passion ou de lui résister.

Solutions :

1. Il faut dire en premier lieu qu’on peut dire de tous les ministres de Dieu, les hommes et les anges, que c’est par mode persuasion qu’ils brûlent les vices et allument les vertus.

2. Il faut dire en deuxième lieu que les démons ne peuvent introduire en nous des pensées en les causant de l’intérieur puisque l’usage de notre capacité de penser est soumis à notre volonté. On dit cependant du diable qu’il allume en nous des pensées en tant qu’il nous incite à penser ou à désirer la réalisation de certaines pensées en usant de persuasion ou même en suscitant en nous certaines passions. C’est cette manière d’allumer une pensée en nous que saint Jean Damascène appelle introduire une pensée car cette opération s’effectue à l’intérieur de nous. Quant aux bonnes pensées, il faut les attribuer à un principe supérieur, c’est-à-dire à Dieu, même s’il a recours au ministère des anges.

3. Il faut dire enfin que l’intelligence humaine, en cette vie, ne peut connaître sans avoir recours aux images ; la volonté, de son côté, peut vouloir quelque chose à partir du jugement de la raison, sans suivre le mouvement de l’appétit sensible. Les deux facultés ne procèdent donc pas de la même manière.

Article 3 — Est-ce que les anges peuvent agir sur l’imagination de l’homme ?

Objections :

1. Il semble bien que les anges ne puissent agir sur l’imagination de l’homme car le Philosophe [De l’Âme, L. 3, ch. 3] dit au sujet de l’image qu’elle est ¨ un mouvement accompli par le sens en tant qu’il connaît en acte ¨. Or, si l’image était produite par l’action d’un ange, elle ne serait pas produite par le sens en tant qu’il connaît en acte. Il est donc contraire à la nature de l’image, qui est l’acte de la puissance imaginative, d’être produite par l’action d’un ange.

2. Par ailleurs, les formes qui sont dans l’imagination, étant de nature spirituelle, sont plus nobles que les formes existant dans la matière sensible. Or, nous avons dit précédemment [q. 110, art. 2] que l’ange ne peut imprimer des formes dans la matière sensible. Il ne peut donc pas introduire des formes dans l’imagination. Il ne peut donc pas agir sur elle.

3. En outre, saint Augustin [La Genèse au Sens Littéral, L. 12, ch. 12] affirme : « Il est possible à un esprit, en s’unissant à un autre esprit, de lui manifester ce que lui-même sait au moyen d’images, soit en les lui révélant lui-même, soit en les lui révélant par l’intermédiaire d’un autre. » Mais il ne semble pas que l’ange puisse s’unir à l’imagination humaine, ni que l’imagination humaine puisse saisir les intelligibles que l’ange connaît. Il semble donc que l’ange ne puisse agir sur l’imagination de l’homme.

4. De plus, dans la vision imaginaire, l’homme adhère aux similitudes des choses comme s’il adhérait aux choses elles-mêmes. Mais en faisant cela, il se trompe en quelque sorte. Donc, puisque le bon ange ne peut être cause de tromperie, il semble qu’il ne puisse causer une vision imaginaire en agissant sur l’imagination.

Cependant : ce qui apparaît dans le sommeil est vu dans une vision imaginaire. Or, les anges révèlent parfois des choses dans le sommeil, comme nous le montre l’Écriture [Matthieu, ch. 1, v. 20 ; ch. 2, v. 13, 19] au sujet de l’ange qui apparut à Joseph dans son sommeil. Les anges peuvent donc agir sur l’imagination de l’homme.

Réponse :

Je réponds qu’il faut dire que l’ange, le bon comme le mauvais, peut agir, de par sa puissance naturelle, sur l’imagination de l’homme. Il nous est possible de le manifester de la manière suivante. En effet, nous avons dit plus haut [q. 110, art. 3] que la nature corporelle, quant à son mouvement local, est soumise à l’ange. Donc, tout ce qui peut être causé par le mouvement local de certains corps est soumis à la puissance naturelle des anges. Or, il est manifeste que des apparitions imaginaires résultent parfois en nous d’un mouvement local des esprits et des humeurs corporels. C’est pourquoi le Philosophe [Du Sommeil et de la Veille, Sur les Insomnies, ch. 3], lorsqu’il assigne la cause des apparitions dans le sommeil, dit : « Lorsque l’animal dort, alors que le sang afflue dans le principe sensitif, simultanément se produit un afflux des motions déjà subies », c’est-à-dire des impressions qui nous restent des sensations antérieures et qui sont conservées dans les esprits sensibles, « qui agissent sur le principe sensitif », de telle manière qu’il se produit une apparition comme si le principe sensitif était alors modifié par les choses extérieures elles-mêmes. Et l’assaut de ces esprits et de ces humeurs peut être tel que ces apparitions peuvent survenir même chez ceux qui sont éveillés, comme c’est le cas chez les épileptiques et chez ceux qui souffrent de telles pathologies psychologiques. Donc, tout comme cela se produit par un mouvement naturel des humeurs et parfois même par la volonté de l’homme qui imagine volontairement ce qu’il a précédemment perçu par les sens, de même cela peut se produire tout aussi bien par la puissance d’un ange bon ou mauvais, parfois certes sans l’intervention des sens corporels, parfois avec leur intervention.

Solutions :

1. Il faut dire en premier lieu que le premier principe de l’image est le sens en tant qu’il connaît en acte : en effet, nous ne pouvons imaginer ce que nous n’avons absolument pas senti, soit en totalité, soit en partie, tout comme l’aveugle-né ne peut absolument pas imaginer les couleurs. Mais l’imagination est parfois informée par des images qui surgissent des impressions antérieures conservées en elle, ainsi que nous venons de le dire.

2. Il faut dire en deuxième lieu que l’ange agit sur l’imagination non pas en y imprimant des formes imaginaires qui n’auraient aucunement été reçues antérieurement des sens (il ne pourrait faire par exemple que l’aveugle de naissance puisse imaginer des couleurs) ; il le fait plutôt par son action sur le mouvement local des humeurs et des esprits, ainsi que nous venons de le dire.

3. Il faut dire en troisième lieu que cette union de l’esprit angélique à l’imagination humaine n’est pas essentielle mais résulte de l’action exercée sur l’imagination de la manière que nous venons de dire ; c’est ainsi que l’ange lui manifeste ce qu’il connaît lui-même, mais non de la manière dont lui-même le connaît.

4. Il faut dire en quatrième lieu que lorsque l’ange cause une vision imaginaire, il illumine parfois simultanément l’intelligence pour qu’elle connaisse ce que ces images signifient, de telle manière qu’il n’y ait aucune tromperie ; mais parfois l’opération de l’ange ne fait apparaître dans l’imagination que les images ou les similitudes des choses et même dans ce cas, s’il y a tromperie, cela ne doit pas être attribué à l’ange, mais à un défaut d’intelligence chez celui à qui ces images apparaissent. C’est ainsi que le Christ ne fut pas cause d’erreur du fait qu’il proposa de nombreuses choses aux foules au moyen de paraboles dont ces foules ne saisissaient pas la signification.

Article 4 — Est-ce que les anges peuvent agir sur les sens de l’homme ?

Objections :

1. Il semble que les anges ne puissent agir sur les sens des hommes car les opérations des sens sont des opérations vitales. Or, ces dernières ne peuvent procéder d’un principe externe. Les opérations des sens ne peuvent donc être causées par les anges.

2. Par ailleurs, la puissance sensible est plus noble que la puissance nutritive. Or, l’ange ne semble pas pouvoir agir sur la puissance nutritive, tout comme il ne semble pas pouvoir le faire non plus sur les autres formes naturelles. Il ne peut donc pas davantage agir sur les puissances sensibles.

3. En outre, le sens, par nature, est modifié par l’objet sensible. Or, l’ange ne peut modifier l’ordre de la nature, ainsi que nous l’avons dit plus haut [q. 110, art.4]. L’ange ne peut donc agir sur le sens, puisque ce dernier est toujours modifié par son objet sensible.

Cependant : l’Écriture [Genèse, ch. 19, v. 11] nous dit au sujet des anges qui anéantirent Sodome : « Ils frappèrent les Sodomites de cécité afin qu’ils ne puissent trouver la porte de leur maison ». Et elle ajoute plus loin [2 Rois, ch. 6, v. 18 et suiv.] qu’Élisée fit la même chose aux Syriens qu’il conduisit en Samarie.

Réponse :

Je réponds qu’il faut dire que le sens peut être modifié de deux manières. Premièrement, de l’extérieur, comme lorsqu’il est modifié par un objet sensible. Deuxièmement, de l’intérieur : nous voyons en effet que le sens est modifié lorsque les esprits et les humeurs sont troublés ; par exemple, la langue du malade, envahie de bile, perçoit toute chose comme si elle était amère, et on observe la même chose chez les autres sens. Or l’ange, de par sa puissance naturelle, peut agir sur les sens de l’homme des deux manières que nous avons dites. L’ange peut en effet présenter de l’extérieur un objet sensible au sens, soit un objet sensible déjà formé par la nature, soit en le produisant lui-même comme il le fait en assumant un corps, ainsi que nous l’avons déjà dit précédemment [q. 51, art. 2]. Mais il peut également agiter de l’intérieur les esprits et les humeurs par lesquels les sens sont modifiés de différentes manières, ainsi que nous l’avons souligné dans l’article précédent.

Solutions :

1. Il faut donc dire en premier lieu qu’il ne peut y avoir d’opération sensible sans ce principe intérieur qui est la puissance sensible. Néanmoins, ce principe intérieur peut être modifié de plusieurs manières par un principe extérieur, comme nous l’avons expliqué dans le corps de l’article.

2. Il faut dire en deuxième lieu que l’ange peut aussi opérer une modification sur l’acte de la puissance nutritive par une action intérieure sur les esprits et les humeurs. Il peut faire de même aussi sur l’acte de la puissance appétitive et sur celui de la puissance sensible, comme sur toute puissance qui use d’un organe corporel.

3. Il faut dire enfin que l’ange ne peut rien opérer en dehors de l’ordre de l’ensemble de la création, mais il peut opérer quelque chose qui soit en dehors de l’ordre d’une nature particulière puisqu’il n’est pas lui-même soumis à cet ordre. En conséquence, il peut agir d’une manière singulière sur les sens, en dehors du mode commun de la sensation.