Article 3 — Tous les préceptes moraux de la loi ancienne se ramènent-ils aux dix préceptes du décalogue ?
Objections :
1. L'évangile selon saint Matthieu (22, 37) dit que les premiers et principaux préceptes de la loi sont : "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu" et "Tu aimeras ton prochain". Or ces préceptes, qui sont bien deux préceptes moraux, ne figurent pas dans le décalogue.
2. Les préceptes moraux ne se ramènent pas aux préceptes cérémoniels, c'est plutôt l'inverse. Or il y a dans le décalogue un précepte cérémoniel : "Souviens-toi de sanctifier le sabbat." Donc les préceptes moraux ne se ramènent pas à tous les préceptes du décalogue.
3. Les préceptes moraux s'étendent à tous les actes vertueux. Mais que l'on passe en revue tous les préceptes du décalogue, on n'y trouvera que des préceptes touchant les actes de la justice. Les préceptes du décalogue n'embrassent donc pas tous les préceptes moraux.
Cependant :
À propos du texte de saint Matthieu (5, 11) : "Bienheureux serez-vous quand on vous maudira", la Glose explique que "Moïse propose dix préceptes, pour les développer ensuite en détail." Ainsi tous les préceptes de la loi détaillent en quelque sorte les préceptes du décalogue.
Conclusion :
Les préceptes du décalogue diffèrent des autres préceptes en ce que, lisons-nous, Dieu les a présentés lui-même au peuple, tandis qu'il a présenté les autres par l'intermédiaire de Moïse. Appartiennent donc au décalogue les préceptes dont l'homme reçoit lui-même de Dieu la connaissance. Or c'est le cas de ceux qu'après une brève réflexion on peut conclure des premiers principes généraux, et aussi de ceux que nous fait immédiatement connaître la foi infusée par Dieu. Il y a donc deux sortes de préceptes qui ne figurent pas au décalogue : d'une part les préceptes premiers et généraux, qui n'ont pas besoin d'être déclarés autrement que par leur insertion dans la raison naturelle au titre de connaissance immédiate, comme de ne faire tort à personne, et autres du même genre ; et d'autre part ceux dont la convenance rationnelle se découvre aux sages après une étude attentive, car c'est à travers l'enseignement des sages que ces préceptes parviennent de Dieu au peuple.
Cependant l'on peut dire que ces deux catégories de préceptes sont contenues dans le décalogue, chacune à sa manière : les préceptes premiers et généraux s'y trouvent comme les principes dans leurs conclusions prochaines ; les préceptes connus par l'intermédiaire des sages y sont contenus, inversement, comme les conclusions dans leurs principes.
Solutions :
1. Ces deux grands préceptes sont les préceptes premiers et généraux de la loi naturelle, que la raison humaine connaît immédiatement, par la nature ou par la foi. Et ainsi tous les préceptes du décalogue se rapportent à ces deux-là comme les conclusions aux principes généraux.
2. Le précepte du sabbat est à certains égards un précepte moral, en ce qu'il prescrit à l'homme de vaquer un certain temps aux choses de Dieu : "Arrêtez et voyez que je suis Dieu." (Ps 46, 11) C'est par là qu'il prend rang dans les préceptes du décalogue et non par le fait qu'il fixe un temps déterminé ; à cet égard, en effet, c'est un précepte cérémoniel.
3. Dans les autres vertus l'idée de dette ne ressort pas avec la même évidence que dans la justice ; aussi, pour le peuple, les préceptes qui concernent leurs actes ne s'imposent pas au même degré que ceux qui concernent les actes de la justice. Voilà pourquoi ce sont précisément ces derniers qui relèvent des préceptes du décalogue, premiers éléments de la loi.