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Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 4 — Le plaisir est-il dans l'appétit intellectuel ?

Objections :

1. Il semble que non, car Aristote écrit : "Le plaisir est un certain mouvement sensible." Or le mouvement sensible n'est pas dans l'appétit intellectuel.

2. Le plaisir est une passion, et toute passion se trouve dans l'appétit sensible.

3. Le plaisir est commun aux hommes et aux bêtes. Il est donc nécessairement dans la partie qui nous est commune avec elles.

Cependant :

Il est dit dans le Psaume (37, 4) : "Prends ton plaisir dans le Seigneur." Or l'appétit sensible ne peut s'étendre jusqu'à Dieu, mais seulement l'appétit intellectuel. Le plaisir peut donc se trouver dans celui-ci.

Conclusion :

Nous l'avons dit à l’article précédent : certain plaisir, ou délectation, est consécutif à l'appréhension de la raison. Or celle-ci n'ébranle pas seulement l'appétit sensible, par application à un objet particulier, mais aussi l'appétit intellectuel, que l'on appelle volonté. Ainsi y a-t-il dans l'appétit intellectuel, ou volonté, une délectation qu'on appelle joie, mais non une délectation physique.

Il y a toutefois cette différence entre le plaisir des deux appétits que le plaisir de l'appétit sensible s'accompagne d'une modification corporelle, tandis que celui de l'appétit intellectuel n'est qu'un simple mouvement de volonté. C'est en ce sens que saint Augustin écrit : "La cupidité et l'allégresse ne sont rien d'autre que la volonté lorsqu'elle consent à ce que nous voulons."

Solutions :

1. Dans cette définition du Philosophe, le mot "sensible" désigne l'appréhension en général. Car le même Philosophe dit ailleurs : "Il y a plaisir selon chacun des sens, et aussi selon l'intelligence et la spéculation." - On peut dire aussi qu'il définit en cet endroit le plaisir de l'appétit sensible.

2. Le plaisir a proprement raison de passion pour autant qu'il comporte une modification corporelle. Ce n'est pas ainsi qu'il se trouve dans l'appétit intellectuel, mais comme un simple mouvement ; et c'est ainsi qu'il existe même chez Dieu et chez les anges. Aussi Aristote écrit-il : "Dieu se réjouit dans une opération simple et unique." Et Denys : "Les anges ne sont pas capables de nos plaisirs sensibles, mais ils se réjouissent avec Dieu dans une allégresse incorruptible."

3. En nous, il n'y a pas seulement ce plaisir qui nous est commun avec les bêtes, mais aussi celui qui nous est commun avec les anges. Aussi Denys peut-il écrire que "les hommes saints participent souvent aux joies angéliques".

C'est ainsi qu'il y a chez nous du plaisir non seulement dans l'appétit sensible, commun avec les bêtes, mais aussi dans l'appétit intellectuel, commun avec les anges.