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Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 5 — La douleur ou tristesse est-elle adoucie par le sommeil ou les bains ?

Objections :

1. Il semble que non, car la tristesse est dans l'âme : le sommeil et le bain concernent le corps. Donc ils n'ont aucune efficacité pour adoucir la tristesse.

2. Le même effet ne semble pas pouvoir venir de causes contraires. Or ces choses, étant corporelles, s'opposent à la contemplation de la vérité, qui pourtant, nous venons de le dire, adoucit la tristesse. Donc de telles pratiques n'atténuent pas la tristesse.

3. La tristesse et la douleur consistent, du fait qu'elles appartiennent au corps, en un certain ébranlement du coeur. Or de tels remèdes semblent intéresser les sens extérieurs et les membres plutôt que la disposition intérieure du coeur. Donc ils ne peuvent adoucir la tristesse.

Cependant :

Saint Augustin écrit dans ses Confessions : "J'avais entendu dire que le mot bain venait de ce que celui-ci chassait l'anxiété de l'âme." Et plus loin : "je dormis, et je m'éveillai : je trouvai que ma douleur en était adoucie." Il rapporte aussi ces mots d'une hymne ambrosienne : "Le repos restitue au travail les membres las, allège les esprits fatigués et dissout les angoisses."

Conclusion :

La tristesse, avons-nous dit, s'oppose de façon spécifique à la motion vitale du corps. Et par suite, ce qui ramène la nature corporelle à l'état naturel normal de cette motion vitale s'oppose à la tristesse et l'atténue. - Du fait aussi que ces sortes de remèdes ramènent la nature à son état normal, ils sont cause de plaisir ; nous avons vu plus haut en effet, que c'est cela même qui cause du plaisir. Aussi ces remèdes corporels adoucissent-ils la tristesse, puisque c'est l'effet du plaisir.

Solutions :

1. La disposition normale du corps, pour autant qu'elle est perçue, est source de plaisir, et, par conséquent, atténue la tristesse.

2. Nous avons dit qu'un plaisir empêche l'autre, et pourtant tout plaisir adoucit la tristesse. Il n'est donc pas illogique que la tristesse soit atténuée du fait de causes qui se gênent entre elles.

3. Toute bonne disposition du corps rejaillit en quelque manière sur le coeur, comme sur le principe et la fin des mouvements corporels, ainsi qu'on le voit dans le livre De la cause du mouvement des animaux.