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Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 7 — Certains biens extérieurs sont-ils requis pour la béatitude ?

Objections :

1. Il semble que des biens extérieurs aussi soient requis pour la béatitude. Car ce qui est promis en récompense aux élus appartient à la béatitude. Or on promet aux saints des biens extérieurs, comme la nourriture et la boisson, la richesse et la royauté. Car on lit en saint Luc (22, 30) : "Vous mangerez et boirez à ma table dans mon royaume...". En saint Matthieu (6, 20) : "Amassez-vous des trésors dans le ciel", et encore (25, 34) : "Venez les bénis de mon Père, prenez possession du royaume..."

2. Selon Boèce, la béatitude est "un état parfait grâce au rassemblement de tous les biens". Or les choses extérieures comptent parmi les biens de l'homme, quoiqu'elles en soient les moindres, observe saint Augustin.

3. Le Seigneur dit en saint Matthieu (5, 12) "Votre récompense est grande dans les cieux." Mais être dans les cieux signifie être dans un lieu. Donc, pour le moins, un lieu extérieur est requis à la béatitude.

Cependant :

On lit dans le Psaume (73, 25) : "Qu'y a-t-il pour moi dans le ciel, et qu'ai-je voulu sur la terre ?" Comme s'il disait : je ne veux rien, si ce n'est ce qui suit : "Pour moi, être uni à Dieu, voilà mon bien." Donc aucun autre bien que Dieu n'est requis pour la béatitude.

Conclusion :

Pour la béatitude imparfaite, telle qu'on peut la posséder dans la vie présente, des biens extérieurs sont requis, non comme faisant partie de l'essence de la béatitude, mais comme des instruments au service de cette béatitude, "qui consiste dans l'opération de la vertu", selon le Philosophe. En effet, l'homme, en cette vie, a besoin de ce qui est nécessaire au corps, tant pour l'activité de la vertu contemplative que pour celle de la vertu active, laquelle, d'ailleurs, requiert encore plusieurs autres conditions pour accomplir ses oeuvres.

Pour la béatitude parfaite, au contraire, celle qui consiste en la vision de Dieu, de tels biens ne sont nullement requis. La raison en est que tous ces biens ne sont requis que pour entretenir la vie animale ; ou pour certaines opérations s'exerçant par le moyen du corps, mais qui caractérisent la vie humaine. Or la parfaite béatitude, qui consiste dans la vision de Dieu, ou bien est le fait d'une âme sans corps, ou bien d'une âme unie à un corps non plus animal, mais spirituel. C'est pourquoi les biens extérieurs, qui sont ordonnés à la vie animale, ne sont en aucune façon requis pour cette béatitude. Et puisque, en cette vie, le bonheur de la contemplation a plus de ressemblance que celui de l'action avec cette béatitude parfaite, car il est aussi plus semblable à Dieu, comme le fait comprendre tout ce que nous avons dit ; pour cette raison la vie contemplative a moins besoin de cette sorte de biens, selon le Philosophe.

Solutions :

1. Toutes les promesses de biens corporels qu'on trouve dans les Saintes Écritures doivent être entendues d'une manière métaphorique, l'Écriture ayant coutume de nous représenter les choses spirituelles sous l'image des corporelles, afin que, dit saint Grégoire, "au moyen de ce qui nous est connu, nous nous élevions au désir de ce qui nous est inconnu". Ainsi, par la nourriture et la boisson, il faut entendre la délectation qui accompagne la béatitude ; par les richesses, la surabondance où vit l'homme à qui Dieu suffit ; par la royauté, l'exaltation de l'homme jusqu'au commerce de la Divinité.

2. Ces biens, qui servent à la vie animale, ne conviennent plus à la vie spirituelle, en laquelle consiste la béatitude parfaite. Et toutefois, dans cette même béatitude se trouve le rassemblement de tous les biens ; car tout ce qui se trouve de bon en eux sera possédé dans la source suprême de tous les biens.

3. Quant au lieu de la béatitude selon saint Augustin, "la récompense des saints n'est pas dite située dans les cieux corporels, mais par les cieux il faut entendre l'élévation des biens spirituels". Toutefois, un lieu corporel, à savoir le ciel empyrée, sera le séjour des bienheureux, non que ce lieu soit nécessaire à la béatitude, mais par un simple rapport de convenance et de beauté.