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Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 4 — Parmi les circonstances, lesquelles sont les plus fondamentales ?

Objections :

1. Il ne semble pas que les circonstances fondamentales soient "pourquoi" et "en quoi consiste l'opération", comme l'affirme Aristote. En effet, le temps et le lieu paraissent bien constituer "ce en quoi" l'opération s'effectue. Or, du fait qu'elles sont les plus extérieures à l'acte, ces circonstances ne semblent pas être fondamentales. Donc "ce en quoi" ne constitue pas les circonstances les plus fondamentales.

2. La fin est extrinsèque à la chose. Elle ne semble donc pas être la plus fondamentale des circonstances.

3. Ce qui est le plus fondamental dans une chose, c'est sa cause et sa forme. Or la cause de l'acte humain est la personne qui l'accomplit, et sa forme est son mode. Ces deux circonstances paraissent être les plus fondamentales.

Cependant :

Saint Grégoire de Nysse affirme que les circonstances les plus fondamentales sont "ce pourquoi l'on agit" et "ce qui est fait".

Conclusion :

Les actes sont appelés proprement humains, nous l'avons dit, dans la mesure où ils sont volontaires. Or la volonté a la fin pour motif et pour objet. C'est pourquoi la circonstance la plus fondamentale est celle qui atteint l'acte du point de vue de sa fin, c'est-à-dire "ce pourquoi" ; vient ensuite celle qui atteint la substance même de l'acte à savoir "ce qu'il a fait". Quant aux autres circonstances, leur importance se mesure à la proximité plus ou moins grande qu'elles ont avec ces deux-là.

Solutions :

1. "Ce en quoi" l'opération s'effectue ne signifie pas ici pour Aristote le temps et le lieu, mais ce qui s'ajoute à l'acte lui-même. C'est pourquoi, expliquant en quelque sorte le dire du Philosophe, saint Grégoire de Nysse met "ce qui est fait" au lieu de "ce en quoi l'opération s'effectue".

2. La fin, bien qu'elle n'appartienne pas à la substance de l'acte, en est toutefois la cause la plus fondamentale, du fait qu'elle pousse l'agent à agir ; d'où vient que l'acte moral est spécifié surtout par sa fin.

3. La personne qui agit est cause de l'acte pour autant qu'elle est mue par la fin, et c'est sous ce rapport qu'elle est fondamentalement ordonnée à l'acte ; quant aux autres conditions de la personne, elles ne sont pas ordonnées à l'acte de façon aussi fondamentale. Le mode dont il est question ici ne se confond pas avec la forme substantielle de l'acte (celle-ci en effet résulte dans l'acte de l'objet et du terme ou de la fin), il n'en est qu'une sorte de qualité accidentelle.

Considérons maintenant les actes volontaires en particulier. Premièrement, ceux qui procèdent immédiatement de la volonté parce qu'ils sont émis par elle (actes élicites (Question 8-16)) ; deuxièmement, les actes commandés (impérés) par la volonté (Question 17).

Mais la volonté se porte et vers la fin et vers les moyens. Ainsi étudierons-nous d'abord les actes par lesquels la volonté se meut vers la fin (Question 17) ; et ensuite ceux par lesquels elle se meut vers les moyens.

Les actes relatifs à la fin semblent être trois : le vouloir (Question 8), la jouissance (Question 11), l'intention (Question 12) ; nous les étudierons dans cet ordre.

Le premier de ces actes, à son tour, donne lieu à trois considérations qui concernent : 1. l'objet de la volonté (Question 8) ; 2. Ce qui la meut (Question 9) ; 3. Le mode de cette motion (Question 10).