Article 2 — La loi ancienne venait-elle de Dieu ?
Objections :
1. "Les oeuvres de Dieu sont parfaites", dit le Deutéronome (32, 4). Puisque la loi ancienne était imparfaite, comme on vient de l'établir, elle ne pouvait venir de Dieu.
2. "J'ai appris que toutes les oeuvres de Dieu demeurent à jamais", lit-on dans l'Ecclésiaste (3, 14). Or tel n'est pas le cas de la loi ancienne, puisque saint Paul déclare : "Voici abolie la première ordonnance, en raison de son impuissance et de son inutilité" (He 7, 18). Elle n'était donc pas l'oeuvre de Dieu.
3. Une sage législation ne se contente pas d'extirper le mal, elle en écarte aussi les occasions. Or, on l'a dit, la loi ancienne était occasion de péché. Dieu "n'ayant pas d'égal parmi les législateurs" (Jb 36, 22), n'avait rien à voir avec une telle législation.
4. On vient de dire que la loi ancienne n'avait pas de quoi assurer le salut des hommes. Or, "Dieu veut que tous les hommes soient sauvés" (1 Tm 2, 4). Une telle loi ne pouvait donc venir de Dieu.
Cependant :
Le Seigneur s'adresse en ces termes aux Juifs à qui avait été donnée la loi ancienne : "Au nom de vos traditions, vous avez rendu inefficace le commandement de Dieu" (Mt 15, 6). Or il s'agissait du précepte d'honorer ses père et mère, précepte qui se trouve, à n'en pas douter, dans la loi ancienne. La loi ancienne vient donc de Dieu.
Conclusion :
La loi ancienne a été donnée par le Dieu bon, Père de Notre Seigneur Jésus-Christ. Elle orientait en effet les hommes vers le Christ. Et doublement : d'abord elle rendait témoignage au Christ comme il l'a déclaré lui-même : "Il faut que soit accompli tout ce qui a été écrit de moi dans la Loi, les Psaumes et les Prophètes" (Lc 24, 44). Et encore - "Si vous aviez foi en Moïse, peut-être croiriez-vous aussi en moi, car c'est de moi qu'il a écrit" (Jn 5, 46). D'autre part, à sa façon, la loi ancienne préparait les hommes au Christ, en les arrachant à l'idolâtrie et en les tenant soumis au culte du Dieu unique qui, par le Christ, devait sauver le genre humain. Ce qui fait dire à l'Apôtre : "Avant que vînt la foi, nous étions sous la garde de la Loi, enfermés dans l'attente de la foi qui devait être révélée" (Ga 3, 23). Mais préparer les voies et mener au but, c'est le fait d'un seul et même auteur, entendez son fait personnel ou le fait de ses gens. Bref, ce n'est pas le diable, lui que le Christ allait expulser, qui aurait institué une législation propre à mener les hommes vers le Christ : "Si Satan expulse Satan, son royaume est divisé" (Mt 12, 26). Par conséquent c'est le même Dieu qui est l'auteur de la loi ancienne et qui a réalisé le salut des hommes par la grâce du Christ.
Solutions :
1. Pourquoi, sans être parfaite absolument, une réalité ne posséderait-elle pas la perfection qui lui convient à un moment donné ? Ainsi dit-on d'un enfant qu'il est parfait, non absolument, mais comme son âge le comporte. De même, les préceptes que l'on fait aux enfants, s'ils ne sont pas parfaits absolument, sont parfaits cependant si l'on tient compte de ceux à qui ils s'adressent. Tel fut le cas des préceptes de la loi, celle-ci étant, selon l'expression de l'Apôtre, "notre pédagogue dans le Christ" (Ga 3, 24).
2. "Les oeuvres divines qui demeurent à jamais", ce sont celles que Dieu destine à demeurer à jamais, c'est-à-dire les oeuvres parfaites. Si la loi ancienne est repoussée au moment où la grâce est venue à sa perfection, ce n'est pas comme mauvaise, mais comme "impuissante et inutile" désormais, puisque, le texte le mentionne, "la loi n'a rien conduit à la perfection". Ce qui revient à dire avec saint Paul : "Du moment que la foi est venue, nous ne sommes plus soumis au pédagogue" (Ga 3, 25).
3. On sait que Dieu permet parfois le péché pour l'humiliation du pécheur. De même aussi voulut-il donner aux hommes une loi qu'ils ne pussent observer par leurs propres forces ; par là, dans leur présomption, ils se connaîtraient pécheurs, et dans leur humiliation, ils recourraient à l'aide de la grâce.
4. Certes la loi ancienne n'avait pas de quoi sauver l'homme. Mais celui-ci, en même temps que la loi, recevait de Dieu un autre secours qui pouvait le sauver : c'était la foi au médiateur, par laquelle les Pères de l'Ancien Testament étaient justifiés, comme nous le sommes aussi. Ainsi Dieu ne manquait pas de fournir aux hommes les secours nécessaires au salut.