Article 7 — Dieu est-il le sujet de cette science ?
Objections :
1. Toute science, dit Aristote, suppose connue la nature de son sujet, autrement dit “ ce qu’il est ”. Or, cette science ne suppose pas la connaissance de ce que Dieu est, car, selon Saint Jean Damascène : “ Dire de Dieu ce qu’il est nous est impossible. ” Dieu n’est donc pas le sujet de cette science.
2. Tout ce dont on traite dans une science est compris dans son sujet. Or, dans la Sainte Écriture, il est question de bien d’autres choses que de Dieu, par exemple des créatures, des mœurs humaines. Donc Dieu n’est pas le sujet de cette science.
En sens contraire :
On doit considérer comme le sujet d’une science cela même dont on parle dans la science ; or, dans la science sacrée, il est question de Dieu : d’où son nom de “ théo-logie ”, autrement dit de discours ou de parole sur Dieu. Dieu est donc bien le sujet de cette science.
Réponse :
Dieu est effectivement le sujet de cette science. Il y a le même rapport, en effet, entre le sujet d’une science et la science elle-même, qu’entre l’objet et une puissance de l’âme ou un habitus. Or, on assigne proprement comme objet à une puissance ou à un habitus ce qui détermine le point de vue sous lequel toutes choses se réfèrent à cette puissance ou à cet habitus ; ainsi, l’homme et la pierre se rapportent à la vue selon qu’ils sont colorés ; et c’est pourquoi le coloré est l’objet propre de la vue. Or, dans la doctrine sacrée, on traite tout “ sous la raison de Dieu ”, ou du point de vue de Dieu, soit que l’objet d’étude soit Dieu lui-même, soit qu’il ait rapport à Dieu comme à son principe ou comme à sa fin. D’où il suit que Dieu est vraiment le sujet de cette science. Ceci d’ailleurs est aussi manifeste si l’on envisage les principes de cette science, qui sont les articles de foi, laquelle concerne Dieu ; or, le sujet des principes et celui de la science tout entière ne font qu’un, toute la science étant contenue virtuellement dans ses principes.
Certains toutefois, considérant les choses mêmes dont traite cette science, et non le point de vue sous lequel elle les envisage, en ont circonscrit autrement la matière. Ainsi parlent-ils de “ choses ” et de “ signes ” ; ou des “ œuvres de la Réparation ” ; ou du “ Christ total ”, à savoir la tête et les membres. Il est bien traité de tout cela dans notre science ; mais c’est toujours par rapport à Dieu.
Solutions :
1. Il est vrai, nous ne pouvons pas savoir de Dieu ce qu’il est ; toutefois, dans notre doctrine, nous utilisons, au lieu d’une définition, pour traiter de ce qui se rapporte à Dieu, les effets que celui-ci produit dans l’ordre de la nature ou de la grâce. Comme on démontre en certaines sciences philosophiques des vérités relatives à une cause au moyen de son effet, en prenant l’effet au lieu de la définition de cette cause.
2. Quant aux divers objets autres que Dieu dont il est question dans la Sainte Écriture, ils se ramènent à Dieu lui-même ; non point à titre de parties, d’espèces ou d’accidents, mais comme se rapportant à lui de quelque manière.