TheoFonsAux sources de la foi

Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 4 — Sur les notions, les opinions sont-elles libres ?

Objections :

1. Saint Augustin dit que nulle part l’erreur n’est plus dangereuse qu’en matière trinitaire ; et il est bien certain que les notions s’y rattachent. Mais les opinions contraires sur ce point ne peuvent pas être exemptes d’erreur. Il n’est donc pas permis d’avoir une opinion contraire au sujet des notions.

2. c’est par les notions qu’on connaît les personnes, nous l’avons dit. Or il n’est pas permis d’avoir une opinion contraire à la doctrine reçue touchant les personnes. Donc, pas davantage touchant les notions.

En sens contraire :

il n’y a pas d’article de foi qui traite des notions ; des opinions divergentes sont donc ici permises.

Réponse :

Il y a deux façons, pour une vérité, d’appartenir à la foi. D’abord directement : c’est le cas de ce que Dieu nous a révélé à titre principal : par exemple, que Dieu est trine et un, que le Fils de Dieu s’est incarné, etc. Tenir une opinion fausse en ces matières, c’est par là même encourir l’hérésie, surtout si l’on y met de l’opiniâtreté. Appartiennent indirectement à la foi les propositions dont la négation entraîne une conséquence contraire à la foi : si l’on dit, par exemple, que Samuel n’était pas fils d’Helcana, il s’ensuit que la Sainte Écriture dit faux. En ces matières, quelqu’un peut avoir une opinion fausse sans risque d’hérésie, avant de se rendre compte ou avant qu’il soit défini que pareille position entraîne une conséquence contraire à la foi, surtout s’il n’y met pas d’opiniâtreté. Mais une fois qu’il est devenu manifeste, et surtout une fois que l’Église a défini que cette position entraîne une conséquence contraire à la foi, l’erreur en cette matière n’est plus exempte d’hérésie. De là vient que beaucoup d’opinions sont maintenant tenues pour hérétiques, qui ne l’étaient pas précédemment.

Disons donc que, au sujet des notions, quelques théologiens ont émis des opinions contraires à la doctrine commune, et cela sans risque d’hérésie, car ils n’entendaient ainsi rien soutenir de contraire à la foi. Mais celui qui, en cette matière, soutiendrait une opinion fausse en se rendant compte qu’elle entraîne une conséquence contraire à la foi, tomberait dans le péché d’hérésie.

Ainsi est-il répondu clairement aux objections.