TheoFonsAux sources de la foi

Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 2 — De quelle vertu le martyre est-il l’acte ?

Objections :

1. Il semble que ce ne soit pas un acte de force. Car "martyr" en grec signifie témoin. Or on rend un témoignage de foi au Christ selon les Actes (1, 8) : "Vous serez mes témoins à Jérusalem, etc.", et saint Maxime de Turin dit dans un sermon : "La mère du martyre, c'est la foi catholique, que d'illustres athlètes ont signée de leur sang." Le martyre est donc un acte de foi plus qu'un acte de force.

2. Un acte louable se rattache surtout à la vertu qui incline à lui, qui est manifestée par lui, et sans laquelle il est sans valeur. Mais c'est surtout la charité qui incline au martyre. Aussi saint Maxime dit-il dans un sermon : "La charité du Christ est victorieuse dans ses martyrs." De plus la charité se manifeste souverainement par l'acte du martyre, selon cette parole de Jésus (Jn 15, 13) : "Personne n'a de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis." Enfin, sans la charité le martyre ne vaut rien, dit saint Paul (1 Co 13, 3) : "Si je livrais mon corps aux flammes et que je n'aie pas la charité, cela ne sert de rien." Donc le martyre est un acte de charité plus que de force.

3. Saint Augustin dit dans un sermon sur saint Cyprien : "Il est facile de vénérer un martyr en célébrant sa fête ; il est difficile d'imiter sa foi et sa patience." Mais en tout acte de vertu ce qui mérite le plus de louange, c'est la vertu dont il est l'acte. Donc le martyre est un acte de patience plus que de force.

Cependant :

Nous trouvons ces paroles dans la lettre de Cyprien aux martyrs et aux confesseurs : "Ô bienheureux martyrs, par quelles louanges vais-je vous célébrer ? Ô soldats pleins de force, par quelle parole éclatante vais-je montrer la vigueur de vos corps ?" Chacun est loué pour la vertu dont il exerce l'acte. Donc le martyre est un acte de la force.

Conclusion :

Comme nous l'avons montré plus haut. Il revient à la force de confirmer l'homme dans le bien de la vertu contre les dangers, et surtout contre les dangers de mort qu'on rencontre à la guerre. Or il est évident que dans le martyre l'homme est solidement confirmé dans le bien de la vertu, lorsqu'il n'abandonne pas la foi et la justice, à cause de périls mortels qui le menacent, surtout de la part de persécuteurs, dans une sorte de combat particulier. Aussi saint Cyprien dit-il dans un sermon : "La multitude voit avec admiration ce combat céleste, elle voit que les serviteurs du Christ ont tenu bon dans la bataille, avec une parole hardie, une âme intacte, une force divine." Aussi est-il évident que le martyre est un acte de la vertu de force, et c'est pourquoi l'Église applique aux martyrs cette parole (He 11, 34) : "Ils ont été forts dans le combat."

Solutions :

1. Deux points sont à considérer dans la vertu de force. L'un est le bien dans lequel le fort demeure inébranlable, et c'est la finalité de la vertu de force. L'autre est la fermeté elle-même qui l'empêche de céder aux adversaires de ce bien, et c'est en cela que consiste l'essence de la force. De même que la force civique affermit l'âme de l'homme dans la justice humaine dont la conservation lui fait supporter des périls mortels ; de même la force qui vient de la grâce confirme son coeur dans le bien "de la justice de Dieu, qui est par la foi au Christ Jésus" (Rm 3, 22). Ainsi le martyre se rapporte à la foi comme à la fin dans laquelle on est confirmé, et à la force comme à l'habitus dont il émane.

2. Sans doute la charité incline à l'acte du martyre comme étant son motif premier et principal ; elle est la vertu qui le commande ; mais la force y incline comme étant son motif propre : elle est la vertu d'où il émane. De là vient qu'il manifeste ces deux vertus. Et c'est par charité qu'il est méritoire, comme tout acte de vertu. C'est pourquoi sans la charité il ne vaut rien.

3. Comme nous l'avons dit, l'acte principal de la force, c'est de supporter ; c'est de cela que relève le martyre, non de son acte secondaire qui est d'attaquer. Et parce que la patience vient à l'aide de la force pour son acte principal qui est de supporter, on comprend que, dans l'éloge des martyrs, on loue aussi leur patience.