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Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 4 — L'ivrognerie excuse-t-elle du péché ?

Objections :

1. Non, semble-t-il. Aristote, dit en effet que "l'homme en état d'ivresse mérite double malédiction". L'ivresse aggrave donc le péché plus qu'elle ne l'excuse.

2. Un péché n'est pas excusé par le péché, mais plutôt aggravé. Or l'ivrognerie est un péché. Elle n'excuse donc pas du péché.

3. Aristote dit que la raison de l'homme est liée par l'ivresse ; de même qu'elle est liée aussi par la convoitise. Or celle-ci n'excuse pas du péché. L'ébriété non plus par conséquent.

Cependant :

Saint Augustin dit que Lot est excusé de l'inceste à cause de son ivresse.

Conclusion :

Dans l'ivrognerie, nous l'avons vu deux choses sont à considérer : la dégradation qui suit, et l'acte qui précède.

- Du côté de la dégradation qui suit, dont l'effet est de lier l'usage de la raison, l'ivrognerie peut excuser du péché, pour autant qu'elle cause l'involontaire par ignorance.

- Mais du côté de l'acte qui précède, il semble qu'il faut distinguer. Si cet acte est suivi d'ivresse mais sans qu'il y ait de péché, alors le péché qui suit est totalement excusé de culpabilité. C'est sans doute ce qui est arrivé à Lot.

- Mais si l'acte qui précède a été entaché de faute, alors on n'est pas totalement excusé du péché qui suit, lequel devient volontaire en raison de la volonté de l'acte précédent. C'est en effet en accomplissant un acte illicite qu'on est tombé dans le péché suivant. Ce péché qui suit est cependant diminué, de même qu'est diminué son caractère volontaire. C'est pourquoi saint Augustin, dit que "Lot doit être jugé coupable non pour son inceste, mais pour autant que son ébriété le méritait".

Solutions :

1. Aristote ne dit pas que l'homme en état d'ivresse mérite une malédiction plus grave, mais "une double malédiction" à cause de son double péché.

On peut répondre aussi qu'il parle selon la loi d'un certain Pittacus qui avait statué : "Les ivrognes, s'ils commettent des violences, seront plus sévèrement punis que les gens sobres, parce qu'ils s'en rendent plus souvent coupables." En quoi, remarque Aristote, "il semble qu'on ait visé à l'utilité", afin qu'il soit mis fin aux violences, "plutôt qu'à l'indulgence qu'il faut avoir pour les ivrognes", qui ne sont plus maîtres d'eux-mêmes.

2. L'ivresse est de nature à excuser le péché non par le côté où elle est elle-même un péché, mais par le côté où elle entraîne à sa suite une dégradation.

3. La convoitise ne lie pas totalement la raison, comme fait l'ivresse, à moins que, par hasard, cette convoitise soit telle qu'elle rende l'homme fou. Cependant la passion de convoitise diminue le péché, car il est moins grave de pécher par faiblesse que de pécher par malice.

Il faut maintenant étudier la chasteté. D'abord, la vertu même de chasteté (Question 151) ; ensuite, la virginité, qui est une partie de la chasteté (Question 152) ; enfin, la luxure, qui est le vice contraire (Questions 153-154).