TheoFonsAux sources de la foi

Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 2 — L’intelligence est-elle recquise pour la prudence ?

Objections :

1. "L’intelligence des premiers principes" est donnée, par le Philosophe, comme une vertu intellectuelle différente de la vertu de prudence. Comment prétendre que cette "intelligence" soit recquise pour la prudence ?

2. L’intelligence est un don du Saint Esprit et ce don est un complément de la vertu de foi. Or la foi n’est-elle pas distincte de la vertu de prudence ?

3. L’intelligence vise l’universel et l’immatériel. Pourquoi donc l’exiger pour la vertu de prudence qui est le discernement des actions individuelles ?

Cependant :

Cicéron et Macrobe s’accordent à dire que "l’intelligence" fait partie de la prudence.met la mémoire dans les parties de la prudence.

Conclusion :

Par "l’intelligence" on n’entend pas ici la faculté vitale de l’intelligence mais la claire vue d’un premier principe connu par sa propre évidence et sans démonstration précédente. C’est dans ce sens que nous parlons de "l’intelligence" des premiers principes. Toute déduction de la raison procède de propositions acceptées comme premières. Aussi faut-il que toute démarche de la raison procède d'une intelligence. Donc, parce que la prudence est la droite règle de l'action, il est nécessaire que son développement tout entier procède de l'intelligence. C'est pourquoi l'intelligence est donnée comme l'une des parties de la prudence.

Solutions :

1. Le raisonnement de la prudence atteint son terme dans une action particulière qui est comme une conclusion, et à laquelle est appliquée la connaissance universelle, nous l'avons montré. Or, une conclusion particulière s'obtient par voie de syllogisme à partir d'une proposition universelle et d'une proposition particulière. Il faut donc que le raisonnement de la prudence procède d'une double intelligence. L'une a pour objet l'universel. Et celle-là ressortit à l'intelligence qui figure parmi les vertus intellectuelles ; car nous connaissons par nature non seulement les principes universels spéculatifs mais aussi pratiques, tel celui-ci : il ne faut nuire à personne, comme on l'a montré plus haut. L'autre intelligence est celle qui a connaissance d'un extrême, dit Aristote, c'est-à-dire de quelque chose de premier, relatif à une action particulière et contingente - de là se forme la mineure, laquelle doit être particulière dans le syllogisme de prudence, comme on vient de le dire. Or, ce principe particulier est une fin particulière, comme il est dit au même endroit. Aussi l'intelligence qui figure comme partie de la prudence est-elle la droite estimation d'une fin particulière.

2. L'intelligence entendue comme un don du Saint-Esprit est une certaine pénétration aiguë des choses divines, nous l'avons montré plus haut. C'est dans un autre sens que l'intelligence est tenue pour une partie de la prudence, on vient de le dire.

3. La même estimation droite de la fin particulière est appelée "intelligence", en tant qu'elle concerne un principe, et aussi "sens", en tant qu'elle porte sur du particulier. Et c'est ce que dit le Philosophe : "Il faut que les singuliers aient un sens ; et celui-ci est une intelligence." Ne l'entendons pas du sens particulier par lequel nous connaissons les sensibles propres, mais du sens intérieur par lequel nous jugeons du particulier.