Article 8 — Faut-il restituer sans délai ?
Objections :
1. Il semble que l'on ne soit pas obligé de restituer sans délai, mais qu'on peut licitement différer la restitution. En effet, les préceptes affirmatifs n'obligent pas en tout temps et toujours ; or le précepte de restituer est affirmatif ; donc on n'est pas obligé de restituer immédiatement.
2. A l'impossible nul n'est tenu. Ou quelquefois on ne peut pas restituer immédiatement.
3. La restitution est un acte de vertu, de la vertu de justice. Or le temps est une des circonstances requises à l'acte de vertu. Puisque les autres circonstances ne sont pas déterminées, mais déterminables par les règles de la prudence, il semble que dans la restitution non plus, il n'y ait pas de temps déterminé, pour qu'on soit tenu de restituer immédiatement.
Cependant :
Toutes les questions de restitution doivent être résolues de la même façon. Or celui qui embauche un salarié n'a pas le droit de différer la restitution qui lui est due, comme le Lévitique (19, 13) le dit expressément : "Tu ne retiendras pas le salaire du mercenaire jusqu'au lendemain matin." Donc, dans les autres restitutions non plus on ne peut pas souffrir de délai, et la restitution doit être immédiate.
Conclusion :
De même que prendre le bien d'autrui est un péché contre la justice, le retenir l'est aussi. Car retenir ainsi contre le gré de son propriétaire un de ses biens, c'est l'empêcher d'en user, et donc commettre envers lui une injustice. Or, il est évident qu'on ne peut pas demeurer dans le péché, on doit en sortir au plus tôt. L'Ecclésiastique (21, 2) dit à ce sujet : "Fuis le péché comme si tu étais devant un serpent." On est donc tenu de restituer immédiatement, ou de demander un délai à celui qui peut vous accorder l'usage de ce bien.
Solutions :
1. Le précepte de la restitution, quoique la forme en soit affirmative, implique un précepte négatif, qui nous interdit de détenir le bien d'autrui.
2. L'impossibilité de restituer aussitôt dispense de la restitution immédiate, de même que l'impossibilité absolue de la restitution en dispense totalement. On doit cependant demander par soi-même ou par un autre un délai ou une remise à son créancier.
3. Parce que l'omission de n'importe quelle circonstance s'oppose à la vertu, on doit considérer comme obligatoire de l'observer. Et parce que, en retardant la restitution, on commet le péché d'une injuste rétention, qui est contraire à la justice, il est nécessaire de déterminer le temps, pour que la restitution se fasse aussitôt.
LES VICES OPPOSÉS AUX PARTIES SUBJECTIVES DE LA JUSTICE
Étudions :
- I. L'acception des personnes qui s'oppose à la justice distributive (Question 63).
- II. Les péchés qui s'opposent à la justice commutative (Questions 64-78).