Article 2 — L'adoration implique-t-elle un acte intérieur, ou extérieur ?
Objections :
1. Il semble que l'adoration n'implique pas un acte corporel. En effet, "les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité", (Jn 4, 23). Or ce qui se fait en esprit n'implique aucun acte corporel.
2. "Adoration" vient de oratio, prière ; et la prière consiste principalement en un acte intérieur selon saint Paul (1 Co 14, 15) : "Je prierai par l'esprit, je prierai par l'âme." L'adoration implique donc surtout un acte spirituel.
3. Les actes corporels ont rapport à la connaissance sensible. Or nous n'atteignons pas Dieu par les sens, mais par l'esprit. Donc l'adoration ne comporte pas d'acte corporel.
Cependant :
Sur le texte de l'Exode (20, 5) : "Vous ne les adorerez ni ne les honorerez", la Glose explique : "Vous n'honorerez pas dans votre coeur, vous n'adorerez pas extérieurement."
Conclusion :
Comme dit saint Jean Damascène "Parce que nous sommes composés de deux natures, intellectuelle et sensible, nous offrons à Dieu une double adoration." L'une est spirituelle et consiste dans l'intime dévotion de l'esprit ; l'autre est corporelle parce qu'elle consiste en l'abaissement extérieur du corps. Parce que, dans tous les actes de religion, l'extérieur est relatif à l'intérieur comme à ce qui est au principe, l'adoration extérieure est faite en vue de l'adoration intérieure. Les signes d'humilité présentés par le corps excitent notre coeur à se soumettre à Dieu, le sensible étant pour nous le moyen naturel d'accéder à l'intelligible.
Solutions :
1. Même l'adoration corporelle s'accomplit en esprit quand elle naît de la dévotion spirituelle, et s'ordonne à la promouvoir.
2. La prière est sans doute dans l'esprit à titre primordial, mais elle s'exprime secondairement par des paroles, nous l'avons dit plus haut. De même l'adoration consiste principalement en la révérence intérieure envers Dieu, et secondairement en signes corporels d'humilité ; ainsi en fléchissant le genou nous exprimons notre faiblesse devant Dieu ; prosternés, nous protestons que nous ne sommes rien nous-mêmes.
3. Nous ne pouvons pas atteindre Dieu par les sens, mais les signes sensibles provoquent notre âme à se porter vers lui.