Article 3 — Avec quels biens doit-on faire les oblations ?
Objections :
1. Il semble que l'on ne puisse pas faire une oblation de tout ce qu'on possède licitement. En effet, aux termes du droit : "La prostituée exerce un métier honteux, mais fait un gain honnête." Elle le possède donc licitement. Et cependant cet argent ne peut servir à une offrande d'après le Deutéronome (23, 19) : "Tu n'offriras pas le salaire de la prostitution dans la maison du Seigneur ton Dieu." Il n'est donc pas permis de faire oblation de tout ce qu'on possède licitement.
2. Dans le Deutéronome également, il est interdit d'offrir dans la maison de Dieu le prix d'un chien. Mais il est évident que le prix d'un chien, vendu régulièrement est possédé de même. Il n'est donc pas permis de faire oblation de tout ce qu'on possède régulièrement.
3. Il est dit en Malachie (1, 8) : "Si vous offrez un animal boiteux et malade, n'est-ce pas mal ?" Or on peut posséder régulièrement cet animal boiteux et malade. Il semble donc que l'on ne puisse faire oblation de tout ce qu'on possède régulièrement.
Cependant :
On lit dans les Proverbes (3, 9) : "Honore le Seigneur ton Dieu de tous tes biens." Les biens d'un homme, c'est l'ensemble, de ce qu'il possède régulièrement ; on peut donc en faire oblation.
Conclusion :
Comme dit saint Augustin : "Si, ayant dépouillé un homme sans défense, tu partages ses dépouilles avec le juge, la faveur de ce dernier te dégoûterait toi-même, tant est puissant en nous l'instinct de justice. Ne fais pas ton Dieu à l'image, de ce que tu ne dois pas être toi-même." Aussi est-il dit dans l'Ecclésiastique (34, 21 Vg) : "Offrir, en sacrifice du bien mal acquis, est une offrande souillée." Ces textes montrent que les biens acquis et possédés injustement ne peuvent être matière à oblation.
Par ailleurs, sous la loi ancienne, dont le régime était figuratif, la signification qu'on attribuait : certaines choses les faisait tenir pour impures, et l'on ne pouvait les offrir. Mais dans la loi nouvelle, nous considérons avec saint Paul que toute créature de Dieu est pure (Tt 1, 15). C'est pourquoi, à prendre les choses en soi, tout ce qu'on possède licitement est matière à oblation. Mais il arrive que, pour une raison accidentelle, un bien, licitement possédé ne puisse être offert. Par exemple si c'était dommageable à autrui : ainsi le fils qui offrirait à Dieu ce qu'il doit employer à nourrir son père, façon d'agir réprouvée par notre Seigneur (Mt 15, 5) ; ou bien cela ferait scandale il en résulterait du mépris, etc.
Solutions :
1. La loi ancienne défendait d'offrir, le salaire de la prostitution à raison de son impureté. Dans la loi nouvelle c'est à cause du scandale, pour éviter que l'Église ne paraisse approuver le péché, en recevant l'offrande du gain qu'il procure.
2. La loi considérait le chien comme un animal impur. Les autres animaux impurs pouvaient être, rachetés et l'on pouvait en offrir le prix, selon le Lévitique (27, 27) : "Si c'est un animal impur, celui qui l'a offert le rachètera." Mais le chien ne pouvait être ni offert ni racheté, soit parce que les idolâtres employaient cet animal à leurs sacrifices, soit encore parce que les chiens symbolisent la rapine qui ne peut fournir matière à oblation. Mais cette défense n'existe plus dans la loi nouvelle.
3. Trois raisons rendaient illicite l'oblation d'un animal aveugle ou boiteux. 1° Le motif de l'oblation : "Si tu offres pour le sacrifice un animal aveugle, n'est-ce pas mal ?" dit Malachie (1, 8). Car il fallait que les sacrifices soient sans défaut. 2° Le mépris, car le prophète ajoute (1, 14) : "Vous souillez mon nom en disant : "La table du Seigneur est devenue impure et ce qu'on y offre est méprisable."" 3° Un voeu préalable, obligeant à rendre en son entier ce qu'on a promis selon le même texte : "Malheur au trompeur qui a dans son troupeau une bête saine, et qui après avoir fait voeu, immole au Seigneur un animal malade." Les mêmes motifs demeurent sous la loi nouvelle, mais là où ils manquent, toute interdiction disparaît.