TheoFonsAux sources de la foi

Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 2 — Le serment est-il licite ?

Objections :

1. Apparemment non. Car rien n'est permis de ce qu'interdit la loi divine, et elle interdit le serment : "je vous le dis, ne jurez aucunement" (Mt 5, 34)." Avant toutes choses, mes frères, ne jurez pas" (Jc 5, 12).

2. Ce qui vient du mauvais paraît illicite car "un arbre mauvais ne peut porter de bons fruits", selon saint Matthieu (7, 18). Or le serment vient du mauvais, car nous lisons dans saint Matthieu (5, 37) : "Que votre parole soit : cela est, cela n'est pas. Ce qu'on dit de plus vient du mauvais." Le serment est donc illicite.

3. Demander un signe à la divine Providence c'est tenter Dieu, ce qui est absolument illicite, selon ce précepte du Deutéronome (6, 16) : "Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu." Mais celui qui jure semble bien demander un signe de la Providence, puisqu'il demande à Dieu de témoigner et donc de produire quelque effet évident. Il paraît donc que le serment est tout à fait illicite.

Cependant :

On lit au Deutéronome (6, 13) : "Tu craindras le Seigneur ton Dieu et tu jureras par son nom."

Conclusion :

Rien n'empêche qu'une chose soit bonne en elle-même et pourtant tourne au détriment de celui qui n'en use pas comme il faut. Recevoir l'eucharistie est bien, et cependant celui qui la reçoit indignement mange et boit sa propre condamnation, dit saint Paul (1 Co 11, 29). Sur notre sujet nous dirons que de soi le serment est chose licite et honorable. Cela se voit à son origine et à sa fin. A son origine, parce que le serment vient de la foi, qui nous fait croire que Dieu possède l'infaillible vérité et l'universelle connaissance et prévision de tout. A sa fin, parce que l'on fait appel au serment pour se justifier et mettre un terme aux controverses, dit l'épître aux Hébreux (6, 16).

Mais le serment devient mauvais si l'on en use mal, c'est-à-dire sans nécessité et sans les précautions requises. C'est faire preuve, en effet, de peu de respect envers Dieu que de le prendre à témoin pour un léger motif, ce qu'on n'oserait même pas faire à l'égard d'un personnage honorable. C'est aussi s'exposer au danger de parjure, car l'homme pèche facilement en paroles selon saint Jacques (3, 2) : "Si quelqu'un ne pèche pas en paroles, c'est un homme parfait." De là ce conseil de l'Ecclésiastique (23, 9) : "Que ta bouche ne s'accoutume pas au serment ; il y a là bien des occasions de chute."

Solutions :

1. Voici l'interprétation de saint Jérôme : "Remarquez que le Seigneur n'a pas défendu de jurer par Dieu, mais par le ciel et la terre. On sait en effet que les Juifs ont cette très fâcheuse habitude de jurer sur les éléments." Mais ceci ne répond pas suffisamment à notre difficulté, car saint Jacques précise : "Ni par quelque autre serment que ce soit." Il faut donc dire avec Saint Augustin : "L'Apôtre lui-même, en employant le serment dans ses épîtres, nous montre en quel sens il faut prendre cette parole : "je vous dis de ne pas jurer du tout." Entendez qu'il faut éviter d'en arriver à le faire facilement, passant de la facilité à l'habitude, et de l'habitude au parjure. C'est pourquoi on ne voit pas qu'il ait juré ailleurs qu'en écrivant, car le soin plus grand qu'on prend alors empêche qu'on soit emporté par sa langue.".

2. Comme dit saint Augustin : "Si tu es obligé de jurer, sache que cette nécessité vient de la faiblesse de ceux que tu veux persuader, faiblesse qui est assurément un mal. C'est pourquoi l’Évangile ne dit pas : "Ce qu'on dit de plus est un mal." Car tu ne fais rien de mal en usant à bon droit du serment pour persuader quelqu'un utilement. Le texte porte : "vient du mal", le mal de celui dont la faiblesse t'oblige à jurer."

3. Celui qui jure ne tente pas Dieu, car il n'invoque pas le secours de Dieu sans utilité et sans nécessité. De plus il ne s'expose à aucun péril si Dieu ne veut pas lui rendre témoignage sur-le-champ. Car il est certain qu'il le fera plus tard, quand "il projettera la lumière sur les secrets des ténèbres, et manifestera les desseins des coeurs" (1 Co 4, 5). Ce témoignage rendu au serment ne manquera à personne, soit pour lui, soit contre lui.