Article 4 — Une personne divine peut-elle assumer sans une autre ?
Objections :
1. Il semble impossible qu'une personne assume la nature créée sans qu'une autre personne l'assume. En effet, "les oeuvres de la Trinité sont indivises" selon saint Augustin. De même en effet qu'il n'y a pour les trois personnes qu'une seule essence, de même aussi n'y a-t-il pour elles qu'une seule opération. Mais assumer est une opération. Elle ne peut donc convenir à une personne divine sans convenir à une autre.
2. Nous disons que la personne du Fils est incarnée, et nous le disons aussi bien de sa nature car, selon saint Jean Damascène, "toute la nature divine s'est incarnée en l'une de ses hypostases".
Mais la nature est commune aux trois personnes ; donc aussi l'assomption.
3. De même que la nature humaine dans le Christ est assumée par Dieu, de même les hommes sont assumés par lui en vertu de la grâce. C'est ainsi que saint Paul dit d'un homme (Rm 14, 3) : "Dieu l'a assumé." Mais cette assomption est l'oeuvre commune des trois personnes. Donc aussi celle du Christ.
Cependant :
Saint Denys le pseudo-aréopagite enseigne que le mystère de l'Incarnation appartient à cette théologie selon laquelle on fait une distinction entre ce qui se dit de chacune des personnes divines.
Conclusion :
Nous l'avons déjà dit l'assomption comporte deux éléments : l'acte de celui qui assume, et le terme de l'assomption. Or, l'acte de celui qui assume procède de la puissance divine, qui est commune aux trois personnes ; mais le terme de l'assomption est la personne, nous l'avons dit. C'est pourquoi ce qui, dans l'assomption, relève de l'agir est commun aux trois personnes ; ce qui au contraire a raison de terme convient à une seule personne et non aux autres. En effet, les trois personnes ont fait que la nature humaine soit unie à la seule personne du Fils.
Solutions :
1. Cet argument est valable du côté de l'opération, indépendamment de son terme, qui est la personne.
2. On dit que la nature est incarnée, comme on dit qu'elle assume, en raison de la personne à laquelle se termine l'union, nous l'avons dit, et non pas en ce sens que l'union est commune aux trois personnes. On dit encore que "toute la nature divine est incarnée", non parce que toutes les personnes se seraient incarnées, mais parce que rien ne manque à la personne incarnée de ce qui fait la perfection de la nature divine.
3. L'assomption qui se fait par la grâce d'adoption a pour terme une certaine participation de la nature divine par assimilation à sa bonté, selon la parole de saint Pierre (2 P 1, 4) : "Pour que vous deveniez participants de la nature divine..." Et c'est pourquoi une telle assomption est commune aux trois personnes tant du côté de son principe que du côté de son terme. Mais l'assomption qui s'accomplit par la grâce de l'union ne leur est commune que du côté du principe, non du côté du terme, ainsi qu'on l'a dit dans la Conclusion.