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Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 4 — Dans quel ordre s'est accompli l'Annonciation ?

Objections :

1. La dignité de la Mère de Dieu dépend de l'enfant qu'elle conçoit. Mais on doit manifester la cause avant son effet. Donc l'ange aurait dû annoncer à la Vierge la dignité de son enfant avant de proclamer sa dignité en la saluant.

2. La preuve doit être omise dans les matières qui ne soulèvent aucun doute, ou bien on doit commencer par donner la preuve dans ce qui peut être douteux. Or l'ange semble avoir annoncé d'abord ce dont la Vierge douterait, et qui lui ferait demander dans son doute : "Comment cela se fera-t-il ?" Ensuite seulement il a apporté une preuve, tirée de l'exemple d'Élisabeth et de la toute-puissance de Dieu. Donc l'annonciation a été réalisée par l'ange dans un ordre peu satisfaisant.

3. On ne prouve pas le plus par le moins. Mais l'enfantement par une vierge est un plus grand prodige que l'enfantement par une vieille femme. Donc la preuve donnée par l'ange pour faire admettre qu'une vierge concevrait était insuffisante.

Cependant :

Il est écrit (Rm 12, 1) : "Tout ce qui vient de Dieu se fait avec ordre." Or, dit saint Luc : "L'ange fut envoyé par Dieu" pour porter l'annonce à Marie. Donc l'annonciation fut accomplie par l'ange de la façon la mieux ordonnée.

Conclusion :

L'annonciation s'est accomplie dans un ordre bien adapté. En effet, l'ange avait un triple devoir concernant la Vierge.

- 1° Rendre son esprit attentif à considérer une si haute réalité. Il le fait en lui adressant une salutation nouvelle et insolite, car, observe Origène : "Si la vierge avait su qu'une parole semblable avait été adressée à quelqu'un d'autre, car elle avait la science de la loi, jamais une telle salutation ne l'eût apeurée par son étrangeté". Dans cette salutation il a mentionné en premier lieu que la Vierge était digne de cette conception lorsqu'il a dit : "pleine de grâce". Il a révélé qui serait conçu en disant : "Le Seigneur avec toi" et il a annoncé d'avance l'honneur qui en découlait : "Tu es bénie entre toutes les femmes."

- 2° Il voulait l'instruire du mystère de l'Incarnation, qui allait s'accomplir en elle. Il l'a fait en annonçant d'avance la conception et l'enfantement : "Voici que tu concevras dans ton sein..." et en montrant le mode de la conception, lorsqu'il dit : "le Saint-Esprit viendra sur toi...".

- 3° Il voulait amener son esprit à consentir. Il le fait par l'exemple d'Élisabeth et un argument tiré de la toute-puissance divine.

Solutions :

1. Rien n'est plus étonnant pour un coeur humble que d'entendre proclamer sa supériorité. Mais l'étonnement rend l'esprit particulièrement attentif. Et c'est pourquoi l'ange, voulant rendre l'esprit de la Vierge attentif à entendre un si grand mystère, a commencé par son éloge.

2. Saint Ambroise de Milan dit expressément que la Bienheureuse Vierge n'a pas douté des paroles de l'ange. Il dit en effet : "Combien la réponse de la Vierge est plus mesurée que celle du prêtre ! Elle demande : "Comment cela se fera-t-il ?" Et lui réplique : "Comment le saurai-je ?" Il refuse de croire, en refusant de savoir. Mais elle ne doute pas que cela ait lieu, puisqu'elle demande comment cela pourra se faire."

Cependant saint Augustin semble dire qu'elle a douté : "A Marie qui doute de cette conception, l'ange affirme sa possibilité." Mais un tel doute vient de l'étonnement plus que de l'incrédulité. Et c'est pourquoi l'ange apporte une preuve non pour dissiper l'incrédulité de Marie, mais plutôt pour mettre un terme à son étonnement.

3. Comme dit saint Ambroise de Milan : "c'est pour cela que beaucoup de femmes stériles ont précédé" Marie, pour que l'on croie que la Vierge enfanterait. Et c'est pourquoi la conception d'une femme stérile chez Elisabeth est invoquée par l'ange non comme un argument contraignant, mais par manière d'exemple préfiguratif. Et c'est pourquoi, afin de confirmer cet exemple, l'ange ajoute un argument décisif tiré de la toute-puissance divine.

Il faut maintenant étudier en elle-même la conception du Sauveur.

- I. Quant à la matière à partir de laquelle son corps fut conçu (Q. 31).

- II. Quant à l'auteur de cette conception (Q. 32).

- III. Quant au mode et à son ordre (Q. 33).