Article 2 — Peut-on dire que le Christ a été conçu du Saint-Esprit ?
Objections :
1. Sur ce texte (Rm 11, 36) : "Tout est à partir de Dieu, par Dieu et en Dieu", la Glose de saint Augustin remarque : "Il faut prendre garde qu'il ne dit pas "de Dieu" (de ipso) mais "à partir de lui" (ex ipso). "A partir de lui" sont le Ciel et la terre, parce qu'il les a créés. Mais non "de lui" parce qu'ils ne sont pas de sa substance." Mais l'Esprit Saint n'a pas formé le corps de sa substance. On ne doit donc pas dire que le Christ a été conçu "de" l'Esprit Saint.
2. Le principe actif par lequel un être est conçu se comporte comme la semence dans la génération. Mais ce n'a pas été le fait du Saint-Esprit dans la génération du Christ. Saint Jérôme écrit : "Nous ne disons pas, comme certains le pensent avec une grande impiété, que le Saint-Esprit a tenu lieu de semence mais nous affirmons que le corps du Christ a été fait" ou formé "par la puissance ou la force du Créateur." On ne doit donc pas dire que le Christ a été formé du Saint Esprit.
3. De deux êtres on ne peut en former un seul que s’ils se mélangent d’une certaine façon. Or le corps du Christ a été formé de la Vierge Marie. Soutenir que le Christ a été conçu du Saint Esprit, ce serait donc prétendre qu’il y a eu mélange entre lui et la matière fournie par la Vierge, ce qui est évidemment faux.
Cependant :
Il y a cette phrase de saint Matthieu (1, 18) : "Avant qu’ils aient habité ensemble, Marie se trouva enceinte de l’Esprit Saint. "
Conclusion :
La conception n’est pas seulement attribuée au corps du Christ mais au Christ lui-même, en raison de son corps. Or l’Esprit Saint a un double rapport avec le Christ. Avec le Fils de Dieu qui a été conçu, un rapport de consubstantialité ; mais avec son corps, un rapport de cause efficiente. La proposition "de" dans la phrase : "Le Christ a été conçu de l’Esprit Saint", exprime ces deux rapports comme lorsque nous disons : "Un homme procède de son père". C’est donc avec raison que nous disons aussi que le Christ a été conçu de l’Esprit Saint, de telle sorte que son efficience se rapporte au corps assumé, et la consubstantialité à la personne qui assume.
Solutions :
1. Le corps du Christ n’étant pas consubstantiel au Saint Esprit, on ne peut pas dire en rigueur de terme qu’il a été conçu du Saint Esprit, mais plutôt qu’il a été conçu en vertu de l’Esprit Saint, selon saint Ambroise de Milan : "Ce qui vient d’un être vient ou bien de sa substance, ou bien de sa puissance. De sa substance : ainsi le Fils procède du Père ; de sa puissance : ainsi toutes choses qui procèdent de Dieu. C’est en ce dernier sens que Marie a reçu dans son sein ce qui venait de l’Esprit Saint.
2. A ce sujet, il semble qu’il y ait une différence entre le texte attribué à saint Jérôme et d’autres docteurs affirmant que le Saint Esprit a tenu lieu de semence dans la conception du Christ. Par exemple, saint Jean Chrysostome affirme : "Le Saint Esprit a précédé le Fils unique de Dieu qui allait entrer dans le sein de la Vierge. C’est ainsi que la divinité tenant lieu de semence, le Christ est né, selon son corps, dans la sainteté." Et saint Jean Damascène : "La sagesse et la force de Dieu, comme une semence divine, ont couvert Marie de leur ombre." Mais il est facile de résoudre cette divergence. Saint Jean Chrysostome et saint Jean Damascène comparent à la semence le Saint Esprit ou même le Fils qui est la force du Très-Haut, dans la mesure où cette semence représente une force active. Mais si par là on entendait une substance corporelle qui se transforme dans la conception, il faudrait nier avec saint Jérôme que l’Esprit Saint ait tenu lieu de semence.
3. Comme dit saint Augustin, ce n’est pas de la même manière que le Christ a été conçu ou est né de l’Esprit Saint et de la Vierge Marie. Celle-ci en a fourni la matière et le Saint Esprit en a été le principe actif. Un mélange n’avait donc rien à faire là.