TheoFonsAux sources de la foi

Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 2 — Le mode de l'ensevelissement du Christ

Objections :

1. Son ensevelissement répond à sa mort. Or, le Christ a subi la mort la plus infâme, d'après cette parole : "Condamnons-le à la mort la plus honteuse" (Sg 2, 29). Il semble donc incohérent qu'on ait offert au Christ une sépulture honorable, puisqu'il a été mis au tombeau par des notables, comme Joseph d'Arimathie, "noble décurion" d'après saint Marc (15, 43 Vg), et Nicodème, "prince des Juifs" selon saint Jean (3, 1).

2. On n'aurait pas dû, en faveur du Christ, donner un exemple de prodigalité. C'est ce que semble avoir fait "Nicodème venu porter un mélange de myrrhe et d'aloès d'environ cent livres" (Jn 19, 39), d'autant plus que d'après saint Marc (14, 8), "une femme avait par avance oint son corps en vue de la sépulture".

3. Il ne convient pas qu'un fait comporte des éléments contradictoires. Or, d'un côté, l'ensevelissement du Christ fut simple, puisque Joseph "enveloppa le corps dans un linceul propre" (Mt 27, 59) : "Et non dans l'or, les gemmes et la soie", dit saint Jérôme. Et d'un autre côté, il semble avoir été fastueux, en tant qu'on a enseveli le Christ avec des aromates.

4. D'après saint Paul (Rm 15, 4) : "Tout ce qui se trouve dans l'Écriture a été écrit pour notre instruction". Mais on trouve dans les évangiles des détails sur la sépulture du Christ qui semblent n'avoir aucun rapport avec notre instruction : qu'il a été enseveli dans un jardin, dans un sépulcre neuf qui ne lui appartenait pas, et taillé dans le roc...

Cependant :

Il est prédit dans Isaïe (11, 10 Vg) : "Son sépulcre sera glorieux."

Conclusion :

On peut indiquer trois raisons qui justifient la manière dont le Christ a été enseveli :

- 1° Confirmer la foi en sa mort et sa résurrection.

- 2° Louer la piété de ceux qui l'ont enseveli : "C'est avec louange, écrit saint Augustin qu'on mentionne dans l’Évangile ceux qui ont pris soin d'envelopper et d'ensevelir avec sollicitude et honneur le corps du Christ descendu de la croix."

- 3° Instruire par ce mystère ceux qui sont ensevelis avec le Christ dans la mort.

Solutions :

1. Dans la mort du Christ se manifestent sa patience et sa constance, et cela d'autant plus que sa mort a été ignominieuse. Mais dans son ensevelissement honorable se montre la vertu du Christ mourant, qui, même après sa mort, a été enseveli avec honneur contre l'intention de ses meurtriers ; en cette sépulture se trouve aussi symbolisée la dévotion des fidèles, qui se mettraient au service du Christ mort.

2. D'après saint Augustin en disant qu'"on a enseveli Jésus selon la coutume des Juifs", saint Jean "nous avertit qu'en ces sortes de devoirs rendus aux morts il faut suivre les usages de chaque nation. Or, c'était la coutume des Juifs d'oindre d'aromates divers les corps des morts, afin de les conserver plus longtemps intacts". Ailleurs, saint Augustin remarque que "dans de tels cas ce n'est pas l'usage, mais la passion de celui qui en use, qui est coupable" ; et il ajoute : "Ce qui pour d'autres est le plus souvent un opprobre est, pour une personne divine ou pour un prophète, le signe d'un très grand honneur." La myrrhe et l'aloès, en effet, à cause de leur amertume, symbolisent la pénitence, par laquelle on conserve en soi le Christ sans la corruption du péché. Et le parfum des aromates est le symbole d'une bonne renommée.

3. La myrrhe et l'aloès furent employés pour le corps du Christ, afin de le garder à l'abri de la corruption, ce qui paraissait une nécessité. Cela nous montre que nous pouvons user de certains remèdes coûteux afin de conserver notre corps. Mais, si l'on a enveloppé le corps du Christ, ce fut par décence, et en de telles circonstances il faut nous contenter de choses simples. Cependant, saint Jérôme apporte une raison mystique : "Celui-là enveloppe Jésus dans un linceul propre, qui le reçoit dans un coeur pur." De là vient, d'après saint Bède, que "l'usage s'est établi dans l'Église de célébrer le sacrifice de l'autel, non pas sur des linges de soie ou de couleur, mais sur des linges de lin, comme le corps du Christ avait été enseveli dans un linge blanc".

4. Le Christ est enseveli "dans un jardin" afin de symboliser que par sa mort et sa sépulture nous sommes libérés de la mort que nous avons encourue par le péché d'Adam commis dans le jardin du paradis.

Comme dit saint Augustin : "Si le Sauveur est déposé dans un tombeau étranger, c'est parce qu'il était mort pour le salut des autres ; or, le tombeau est la demeure de la mort."

- Par là aussi on peut mesurer le degré de la pauvreté acceptée pour nous par le Christ. Car celui qui durant sa vie n'avait pas eu de maison est enfermé aussi après sa mort dans un tombeau étranger et sa nudité est recouverte par le linceul de Joseph d'Arimathie.

- Selon saint Jérôme, il est déposé dans un "tombeau neuf", "pour éviter qu'après la résurrection, s'il y avait eu d'autres cadavres dans le tombeau, on crût que c'était l'un d'entre eux qui était ressuscité. Le tombeau neuf peut aussi symboliser le sein virginal de Marie".

- Autre symbolisme : par la sépulture du Christ, nous sommes "renouvelés", la mort et la corruption étant détruites.

- Le Christ a été enfermé dans un tombeau "taillé dans le roc", afin que, "s'il avait été construit en pierres, qu'on ne puisse pas dire, écrit saint Jérôme qu'on avait dérobé le Christ en enlevant les fondements du tombeau". Aussi la "grande pierre", qui fut roulée devant le tombeau, "prouve-t-elle que le sépulcre n'aurait pu être ouvert sans l'aide de plusieurs hommes". "Pareillement, si le Christ avait été enseveli en terre, on aurait pu prétendre : ils ont fouillé la terre et ils ont dérobé le corps", note saint Augustin.

- A ce dernier détail du tombeau taillé dans le roc, saint Hilaire trouve un sens mystique : "Par la doctrine des Apôtres, le Christ est introduit dans le coeur dur des païens, entamé par la prédication, coeur non taillé et nouveau, jadis impénétrable à la crainte de Dieu. Et, parce que rien, sauf lui, ne doit plus pénétrer dans notre coeur, une pierre est roulée devant l'entrée.

- Comme l'observe aussi Origène : "Ce n'est point par hasard qu'il est écrit que Joseph enveloppa le corps du Christ dans un linceul blanc, le déposa dans un sépulcre neuf et roula une grande pierre ; car tout ce qui touche au corps du Christ, est pur, nouveau et aussi très grand".