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Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 6 — Tous les sacrements de la Loi nouvelle impriment-ils un caractère ?

Objections :

1. Il semble que oui, car tous les sacrements de la loi nouvelle rendent participants du sacerdoce du Christ, on l'a dit. Il semble donc que tout sacrement de la loi nouvelle imprime un caractère.

2. Le caractère est à l'âme où il réside ce que la consécration est aux objets consacrés. Mais, par chaque sacrement de la loi nouvelle, l'homme reçoit la grâce qui sanctifie, comme nous l'avons dit. Il paraît donc que chaque sacrement de la loi nouvelle imprime un caractère.

3. Le caractère est réalité et sacrement. Or, de chaque sacrement de la loi nouvelle, il y a ce qui est seulement réalité, ce qui est seulement sacrement, et ce qui est déjà réalité et encore sacrement. Chaque sacrement de la loi nouvelle imprime donc un caractère.

Cependant :

Les sacrements qui impriment un caractère ne sont pas réitérés, parce que le caractère est indélébile. Or, certains sacrements sont réitérés : ainsi la pénitence et le mariage. Donc tous les sacrements de la loi nouvelle n'impriment pas de caractère.

Conclusion :

Comme nous l'avons dit, les sacrements de la loi nouvelle ont un double objet : le remède au péché et le culte divin. Or il est commun à tous les sacrements de fournir un remède contre le péché du fait qu'ils confèrent la grâce. Mais tous les sacrements ne sont pas ordonnés directement au culte divin ; il est évident, par exemple, que le sacrement de pénitence, qui délivre l'homme du péché, ne lui fournit rien de nouveau pour le culte divin, mais le rétablit dans son état premier.

Or, un sacrement peut se rapporter au culte divin de trois façons différentes :

- 1° dans l'action sacramentelle elle-même ;

- 2° en lui fournissant des ministres ou agents ;

- 3° en lui fournissant des bénéficiaires.

Le sacrement qui concerne le culte divin dans l'action sacramentelle elle-même, c'est l'eucharistie en quoi consiste comme en son principe le culte divin, du fait qu'elle est le sacrifice de l'Église ; et ce sacrement n'imprime pas de caractère en l'homme, car il ne l'ordonne pas à agir ou à recevoir ultérieurement dans l'ordre sacramentel, étant plutôt, selon saint Denys le pseudo-aréopagite, "la fin et la consommation de tous les sacrements". Cependant il contient le Christ lui-même, qui n'a pas le caractère, mais toute la plénitude du sacerdoce.

Ensuite, le sacrement qui se rapporte au culte divin pour lui fournir des ministres, c'est l'ordre, qui députe certains hommes à donner les sacrements.

Enfin, le sacrement qui se rapporte au culte divin pour lui fournir des bénéficiaires, c’est le baptême, car il donne à l'homme le pouvoir de recevoir les autres sacrements de l'Église ; aussi le nomme-t-on la porte de tous les autres sacrements. A cela aussi est ordonnée d'une certaine façon la confirmation, comme nous le verrons en son lieu.

Ainsi trois sacrements impriment un caractère le baptême, la confirmation et l'ordre.

Solutions :

1. Par tous les sacrements l'homme est fait participant du sacerdoce du Christ, en ce sens qu'il en reçoit quelque effet ; mais tous les sacrements ne le députent pas au culte en qualité de membre actif ou passif du sacerdoce du Christ. Or, c'est cela qui est requis pour qu'un sacrement imprime un caractère.

2. Par tous les sacrements l'homme est sanctifié en tant que la sainteté comporte la purification du péché, oeuvre de la grâce. Mais, d'une façon plus spéciale, par certains sacrements qui impriment un caractère, l'homme est sanctifié par une consécration, en ce sens qu'il est député au culte divin ; de même que les objets inanimés sont dits sanctifiés par une semblable députation.

3. Bien que le caractère soit déjà réalité et encore sacrement, tout ce qui est tel n'est pas nécessairement caractère. Nous verrons plus loin, à propos des divers sacrements, ce qui est en eux déjà réalité et encore sacrement.