Article 3 — Le Christ a-t-il eu la foi ?
Objections :
1. La foi est une vertu plus noble que les vertus morales, comme la tempérance et la libéralité. Mais puisque le Christ possédait ces vertus, comme on l'a dit, il a eu bien davantage la foi.
2. Le Christ ne nous a pas appris à pratiquer des vertus qu'il n'avait pas, selon les Actes des Apôtres (1, 1) : "Jésus se mit à agir et à enseigner." Or, selon l'épître aux Hébreux (12, 2), le Christ est "l'auteur et le consommateur de la foi". C'est donc qu'il possédait lui-même cette vertu.
3. Il ne peut y avoir d'imperfection chez les bienheureux. Or les bienheureux ont la foi : la Glose en effet, commentant cette parole de l'Apôtre (Rm 1, 17) : "En lui la justice de Dieu se révèle, qui va de la foi à la foi", explique qu'il faut l'entendre "de la foi aux paroles d'espoir, à la foi aux réalités vues". Le Christ, en qui ne se trouve aucune imperfection, devait donc lui aussi avoir la foi.
Cependant :
Il est écrit (He 11, 1) : "La foi est une assurance de ce qu'on ne voit pas." Or rien n'était caché au Christ, selon cette parole de saint Pierre (Jn 21, 17) : "Seigneur, tu connais toutes choses." Le Christ ne pouvait donc avoir la foi.
Conclusion :
Nous l'avons dit dans la deuxième Partie, la foi a pour objet la réalité divine, en tant qu'elle n'est pas vue. Et l'habitus vertueux, comme tout habitus, est spécifié par son objet. C'est pourquoi, si l'on admet que la réalité divine soit vue, la raison de foi est exclue. Or le Christ, dès le premier instant de sa conception, a vu l'Essence divine, comme on le montrera plus loin ; il n'a donc pas pu avoir la foi.
Solutions :
1. La foi est plus noble que les vertus morales, parce que son objet est plus noble ; cependant, par rapport au même objet, elle comporte une certaine déficience, qui ne se trouvait pas dans le Christ. Et c'est pourquoi il ne pouvait pas avoir la foi, bien qu'il ait eu les vertus morales, dont la raison n'implique pas cette déficience à l'égard de leurs objets.
2. Le mérite de la foi consiste en ce que l'homme, par soumission volontaire à Dieu, donne son assentiment à ce qu'il ne voit pas, selon l'Apôtre (Rm 1, 5) : "Pour amener en son nom à l'obéissance de la foi tous les païens." Or le Christ a manifesté une parfaite obéissance à l'égard de Dieu, ainsi qu'il est écrit aux Philippiens (2, 8) : "Il s'est fait obéissant jusqu'à la mort." Aussi pouvons-nous dire qu'il ne nous a rien enseigné qui se rapporte au mérite sans l'avoir pratiqué lui-même excellemment.
3. Comme dit la Glose : "La foi consiste à croire ce que l'on ne voit pas." C'est en un sens impropre que l'on parle de foi aux réalités vues, parce que cette vision s'accompagne d'une certitude et d'une fermeté d'adhésion qui ressemblent à celles de la foi.