Article 2 — Le Christ a-t-il eu le pouvoir des clefs ?
Objections :
1. Il semble que le Christ n’ait pas eu le pouvoir des clefs. Ce pouvoir est en effet attaché au caractère que donne le sacrement d’Ordre. Or le Christ n’a pas eu ce caractère, et donc non plus le pouvoir des clefs.
2. Le Christ a, sur les sacrements, un pouvoir d’excellence qui lui permet d’obtenir l’effet du sacrement, sans l’emploi des éléments du sacrement dont le pouvoir des clefs fait partie. Il n’avait donc pas besoin de ce pouvoir dont la possession lui eût été inutile.
Cependant :
Il est dit du Christ dans l’Apocalypse (3, 7) : "Voici celui qui a la clef de David, etc.".
Conclusion :
La puissance productrice d’un effet ne se trouve pas de la même façon dans l’instrument et dans la cause principale, mais elle se trouve, à un degré plus parfait, dans la cause principale agissant par elle-même. Or le pouvoir des clefs, tel que nous l’avons, tout comme la vertu des autres sacrements n’est que cause instrumentale. Dans le Christ, au contraire, il se trouve à l’état de principe relevant d’une cause agissant par elle-même pour notre salut, par manière d’autorité en tant que le Christ est Dieu, par manière de mérite en tant qu’il est homme. Mais le pouvoir des clefs exprime, dans son idée même, le pouvoir d’ouvrir et de fermer, soit comme agent principal, soit comme ministre. Voilà pourquoi il faut reconnaître aussi au Christ des clefs, mais possédées d’une façon plus haute que ne les peut avoir son ministre ; d’où cette conclusion : que le Christ a le pouvoir d’excellence quant aux clefs.
Solutions :
1. Le caractère est essentiellement quelque chose de dérivé, voilà pourquoi le pouvoir des clefs, qui nous vient du Christ par dérivation, suit le caractère qui nous conforme au Christ. Ce pouvoir, dans le Christ, n'est pas une conséquence du caractère, mais de la forme principale, (de la grâce d’union hypostatique).
2. La clef qu’a eue le Christ n’était pas sacramentelle, mais principe de la clef sacramentelle.