Article 5 — Une sentence d’excommunication peut-elle être portée contre une collectivité tout entière ?
Objections :
1. Oui, semble-t-il, car il peut se faire que les membres d’une collectivité soient tous associés dans une oeuvre mauvaise ; or on doit porter une excommunication contre celui qui persiste en une telle oeuvre ; on peut donc porter une excommunication contre toute une collectivité.
2. Ce qu’il y a de plus grave dans l’excommunication, c’est le fait d’être exclu des sacrements de l’Église ; or il arrive qu’une cité tout entière soit interdite des services divins. Une collectivité peut donc aussi être excommuniée.
Cependant :
La Glose de saint Augustin sur saint Matthieu (13, 29) dit que "l’on ne doit excommunier ni un souverain, ni une multitude".
Conclusion :
On ne doit être excommunié que pour un péché mortel. Or un péché consiste dans un acte, et d’ordinaire un acte n’est pas attribuable à toute une communauté, mais à des individus particuliers. Il en résulte que l’on peut excommunier tel ou tel membre d’une communauté, mais pas la communauté tout entière.
Et s’il arrive qu’un acte engage toute une collectivité comme lorsqu’une multitude de gens traînent un navire qu’aucun ne peut seul mettre en mouvement, il ne paraît pas probable qu’il y ait alors une telle unanimité dans le consentement au mal que personne n’y soit opposé. De même donc "qu’il n’appartient pas à Dieu qui juge le Ciel et la terre entière de condamner le juste avec l’impie", comme il est dit dans la Genèse (18, 25), ainsi l’Église, qui doit imiter le jugement de Dieu, a-t-elle réglé sagement qu’une collectivité ne serait pas excommuniée comme telle, "de peur qu’en ramassant l’ivraie on n’arrache en même temps le blé".
Solutions :
1. La solution de la première difficulté est manifeste par ce qui précède.
2. La peine de suspense n’est pas aussi grave que celle d’excommunication, vu que ceux qui sont suspens ne sont pas privés, comme ceux qui sont excommuniés, des suffrages de l’Église. Ainsi peut-il arriver que quelqu’un, même s’il n’a pas péché lui-même, soit frappé de suspense, comme lorsque tout un royaume se voit interdit à cause du péché du roi. Il n’y a donc pas de parité entre l’excommunication et la suspense.