Article 2 — La douleur de contrition peut-elle être excessive ?
Objections :
1. Il semble que la douleur de contrition ne puisse pas être excessive. Aucune douleur en effet ne peut être plus immodérée que celle qui détruit le sujet qu’elle affecte. Or la douleur de la contrition est louable, quand elle est si grande, qu’elle amène la mort ou la maladie. Voici en effet ce que dit saint Anselme : "Plaise à Dieu que les entrailles de mon âme soient tellement pénétrées de componction, que la moelle de mon corps en soit desséchée", et saint Augustin dit "qu’il mérite de pleurer jusqu’à en devenir aveugle". C’est donc que la douleur de contrition ne peut être excessive.
2. La douleur de contrition procède de l’amour de charité. Or l’amour de charité ne peut pas être excessif, donc la douleur non plus.
Cependant :
Toute vertu morale est sujette à la corruption par excès ou par défaut. Or la contrition est un acte de vertu morale, à savoir de la pénitence qui est partie de la justice. Donc il peut y avoir excès dans la douleur du péché.
Conclusion :
La contrition, du côté de la douleur qui est dans la raison, c’est-à-dire du déplaisir que nous avons du péché, en tant qu’il est offense de Dieu, ne peut pas être excessive, pas plus que ne peut être excessif l’amour de charité dont l’intensité fait celle de ce déplaisir. Mais quant à la douleur sensible, elle peut être excessive, comme peut l’être toute mortification corporelle.
En tout ceci, on doit prendre, pour mesure, la conservation du sujet qu’affecte la contrition et d’un bon état habituel qui suffise aux occupations obligatoires du pénitent. C’est pourquoi l’Epître aux Romains nous dit : "Que votre service soit raisonnable".
Solutions :
1. Saint Anselme désirait que l’ardeur de la dévotion desséchât les moelles de son corps, non pas quant à la moelle matérielle de la nature corporelle, mais quant aux désirs et concupiscences de ce corps. Quant à saint Augustin, il se jugeait vraiment digne de perdre les yeux du corps, à cause de ses péchés, Car tout pécheur mérite la mort corporelle et non seulement l’éternelle, mais il n’avait nul désir de s’enlever la vue.
2. La raison donnée dans cette objection se rapporte à la douleur qui est dans la raison. Quant à la raison du celle s’applique à la douleur de sensibilité.