Article 4 — Ce feu purifiera-t-il aussi les cieux supérieurs ?
Objections :
1. Ils font partie de la création : "Les cieux, dit le Psalmiste (101, 26-27) s’adressant au Seigneur, sont l’ouvrage de vos mains. Ils périront, mais vous, vous demeurez". Ils doivent donc être atteints par la conflagration universelle.
2. "Les cieux enflammés se dissoudront, dit saint Pierre (2 P 3, 12), et les éléments embrasés se fondront". Mais les cieux qui se distinguent des éléments sont les cieux supérieurs auxquels sont fixés les astres. Ils doivent donc, eux aussi, être purifiés par le feu.
3. Le feu doit éliminer des êtres corporels tout obstacle à leur glorification. Or, dans le Ciel supérieur se rencontre un double obstacle. L’un vient du péché, puisque c’est là que le démon a péché. L’autre vient de leur nature même ; ces paroles de saint Paul (Rm 8, 22) : "Nous savons que, jusqu’à ce jour, la création tout entière gémit et souffre des douleurs de l’enfantement", sont ainsi commentées par la Glose : "Tous les éléments rem plissent leur fonction avec effort ; ce n’est pas sans effort que le soleil et la lune agissent dans les espaces qui leur sont assignés". Leur purification s’impose donc.
Cependant :
1. C’est un principe aristotélicien que "les corps célestes ne sont pas susceptibles d’une impression venue du dehors".
2. A propos de ces paroles de saint Paul (2 Th 1, 8) : "Jésus viendra au milieu d’une flamme de feu pour faire justice, etc." la Glose dit : "Ce feu, qui précédera sa venue, s’élèvera dans les airs à la hauteur des eaux du déluge". Mais ces eaux n’ont point atteint les cieux supérieurs (Gn 7, 20) ; elles ont seulement dépassé de quinze coudées le sommet des montagnes.
Conclusion :
La purification finale doit éliminer des êtres corporels ce qui y est contraire à l’état glorieux, qui sera comme l’apothéose de l’univers. En tous il se rencontre un obstacle, mais pas le même en tous. Dans les corps inférieurs, c’est quelque chose d’inhérent à leur substance : car, en se mélangeant les uns avec les autres, ils ont perdu leur pureté native. Dans les corps célestes, ce n’est autre chose que le mouvement, qui est un acheminement à la perfection, et encore, le seul mouvement local, qui n’affecte ni leur substance, quantité ou qualité, mais leur localisation, c’est-à-dire, quelque chose d’extérieur à leur être. Le Ciel supérieur n’a donc pas besoin qu’on lui enlève rien de substantiel, mais seulement qu’on arrête son mouvement ; pas besoin qu’une action dissolvante s’exerce sur lui, mais seulement que celui qui le meut cesse d’agir. La purification des corps célestes ne se fera donc ni par le feu ni par quelque autre créature, mais par un arrêt de leur mouvement, causé par la seule volonté divine
Solutions :
1. Saint Augustin remarque qu’il s’agit ici des "cieux aériens", qui doivent être purifiés par le feu. Si on veut appliquer ce texte aux cieux supérieurs, il faut répondre qu’ils périront en ce sens que le mouvement qui les anime aujourd’hui cessera.
2. Saint Pierre parle, comme il s’en explique lui-même, "des cieux et de la terre qui furent atteints par le déluge, et que la même parole de Dieu tient en réserve et garde pour le feu, au jour du Jugement". Il s’agit donc seulement des cieux aériens.
3. Cet effort, cette contrainte, que saint Ambroise de Milan attribue aux corps célestes, n’est autre chose que la variation du mouvement, qui les soumet au temps, et le défaut de la perfection finale qui doit être un jour la leur. Le péché des mauvais anges n’a pas non plus souillé le Ciel empyrée dont ils furent immédiatement chassés.