Dans le mariage, on vit également le sens de l’appartenance complète à une seule personne. Les époux assument ce défi et le désir de vieillir et de se consumer ensemble et ainsi ils reflètent la fidélité de Dieu. Cette ferme décision, qui caractérise un style de vie, est une « une exigence intérieure du pacte d’amour conjugal »,380Jean-Paul II, Exhort. ap. Familiaris consortio (22 novembre 1981), n. 11 : AAS 74 (1982), p. 93. car « il est difficile que celui qui ne décide pas d’aimer pour toujours, puisse aimer vraiment pour un seul jour ».381Id., Homélie à l’occasion de l’Eucharistie célébrée pour les familles à Córdoba – Argentine (8 avril 1987), n. 4 : Insegnamenti 10/1 (1987), pp. 1161-1162. Mais cela n’aurait pas de sens spirituel s’il s’agissait uniquement d’une loi vécue avec résignation. C’est une appartenance du cœur, où Dieu seul voit (cf. Mt 5, 28). Chaque jour, en se réveillant, on renouvelle devant Dieu cette décision de fidélité, quoi qu’il arrive tout au long de la journée. Et chacun, lorsqu’il va dormir, espère se réveiller pour continuer cette aventure, en se recommandant à l’aide du Seigneur. Ainsi, chaque conjoint est pour l’autre un signe et un instrument de la proximité du Seigneur qui ne nous laisse pas seuls : « Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu'à la fin du monde » (Mt 28, 20).
Il y a un point où l’amour des conjoints atteint sa plus grande libération et devient un lieu d’autonomie saine : lorsque chacun découvre que l’autre n’est pas sien, mais qu’il a un maître beaucoup plus important, son unique Seigneur. Personne ne peut plus vouloir prendre possession de l’intimité plus personnelle et secrète de l’être aimé et seul le Seigneur peut occuper le centre de sa vie. En même temps, le principe de réalisme spirituel fait que le conjoint ne veut plus que l’autre satisfasse complètement ses besoins. Il faut que le cheminement spirituel de chacun – comme l’indiquait si bien Dietrich Bonhoeffer – l’aide à « se défaire de ses illusions » sur l’autre, 382Cf. Gemeinsames Leben, Müchen 1973, p. 18. à cesser d’attendre de cette personne ce qui est uniquement propre à l’amour de Dieu. Cela exige un dépouillement intérieur. L’espace exclusif que chacun des conjoints réserve à ses relations dans la solitude avec Dieu, permet non seulement de guérir des blessures de la cohabitation, mais aussi permet de trouver dans l’amour de Dieu le sens de sa propre existence. Nous avons besoin d’invoquer chaque jour l’action de l’Esprit pour que cette liberté intérieure soit possible.