« Les époux chrétiens sont l’un pour l’autre, pour leurs enfants et les autres membres de leur famille, les coopérateurs de la grâce et les témoins de la foi ». 383Conc. Œcum. Vat. II, Décr. Apostolicam actuositatem, sur l’apostolat des laïcs, n. 11. Dieu les appelle à procréer et à protéger. C’est pourquoi la famille « est depuis toujours l’‘‘hôpital’’ le plus proche ».384Catéchèse (10 juin 2015) : L’Osservatore Romano, éd. en langue française, 11 juin 2015, p. 2. Prenons soin les uns des autres, soutenons-nous et encourageons-nous les uns les autres, et vivons tout cela comme faisant partie de notre spiritualité familiale. La vie en couple est une participation à l’œuvre féconde de Dieu, et chacun est pour l’autre une provocation permanente de l’Esprit. L’amour de Dieu trouve « une expression significative dans l'alliance nuptiale réalisée entre l'homme et la femme ».385Jean-Paul II, Exhort. ap. Familiaris consortio (22 novembre 1981), n. 12 : AAS 74 (1982), p. 93. Ainsi, les deux sont entre eux reflets de l’amour divin qui console par la parole, le regard, l’aide, la caresse, par l’étreinte. Voilà pourquoi « vouloir fonder une famille, c’est se décider à faire partie du rêve de Dieu, choisir de rêver avec lui, vouloir construire avec lui, se joindre à lui dans cette épopée de la construction d’un monde où personne ne se sentira seul ». 386Discours à la Fête des Familles et la veillée de prière, Philadelphie (26 septembre 2015) : L’Osservatore Romano, éd. en langue française, 8 octobre 2015, p. 12.
Toute la vie de la famille est un ‘‘mener paître’’ miséricordieux. Chacun, avec soin, peint et écrit dans la vie de l’autre : « Notre lettre, c’est vous, une lettre écrite en nos cœurs […] écrite non avec de l’encre, mais avec l'Esprit du Dieu vivant » (2 Co 3, 2-3). Chacun est un « pêcheur d’hommes » (Lc 5, 10), qui au nom de Jésus jette les filets (cf. Lc 5, 5) dans les autres, ou un laboureur qui travaille cette terre fraîche que sont ses proches, en stimulant le meilleur en eux. La fécondité matrimoniale implique de promouvoir, car « aimer un être, c’est attendre de lui quelque chose d’indéfinissable, d’imprévisible ; c’est en même temps lui donner en quelque façon le moyen de répondre à cette attente ».387Gabriel Marcel, Homo viator : prolégomènes à une métaphysique de l´espérance, (Aubier Edition Montaigne) Paris 1944, p. 63. Il s’agit d’un culte à Dieu, parce que c’est lui qui a semé de nombreuses bonnes choses dans les autres en espérant que nous les fassions grandir.
C’est une profonde expérience spirituelle de contempler chaque proche avec les yeux de Dieu et de reconnaître le Christ en lui. Cela demande une disponibilité gratuite qui permette de valoriser sa dignité. On peut être pleinement présent à l’autre si l’on se donne, sans justification, en oubliant tout ce qu’il y a autour de soi. Ainsi, l’être aimé mérite toute l’attention. Jésus était un modèle, car lorsqu’une personne s’approchait pour parler avec lui, il arrêtait son regard, il regardait avec amour (cf. Mc 10, 21). Personne ne se sentait négligé en sa présence, puisque ses paroles et ses gestes étaient l’expression de cette question : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » (Mc 10, 51). Cela est vécu dans la vie quotidienne de la famille. Là, nous nous souvenons que cette personne vivant avec nous mérite tout, puisqu’elle possède une dignité infinie parce qu’elle est objet de l’amour immense du Père. Ainsi jaillit la tendresse, capable de « susciter en l’autre la joie de se sentir aimé. Elle s’exprime en particulier en se tournant avec attention et délicatesse vers l’autre dans ses limites, spécialement quand elles apparaissent de façon évidente ».388Relatio finalis 2015, n. 88.
Sous l’impulsion de l’Esprit, le cercle familial non seulement accueille la vie en la procréant dans son propre sein, mais il s’ouvre, sort de soi pour répandre son bien sur d’autres, pour les protéger et chercher leur bonheur. Cette ouverture se révèle surtout dans l’hospitalité,389Cf. Jean-Paul II, Exhort. ap. Familiaris consortio (22 novembre 1981), n. 44 : AAS 74 (1982), p. 136. encouragée par la Parole de Dieu d’une manière suggestive : « N'oubliez pas l'hospitalité, car c'est grâce à elle que quelques-uns, à leur insu, hébergèrent des anges » (He 13, 2). Lorsque la famille accueille et va vers les autres, surtout vers les pauvres et les abandonnés, elle est « symbole, témoignage, participation de la maternité de l’Église ».390Ibid., n. 49 : AAS 74 (1982), p. 141. L’amour social, reflet de la Trinité, est en réalité ce qui unifie le sens spirituel de la famille et sa mission extérieure, car elle rend présent le kérygme avec toutes ses exigences communautaires. La famille vit sa spiritualité en étant en même temps une Église domestique et une cellule vitale pour transformer le monde.391En ce qui concerne les dimensions sociales de la famille, cf. Conseil Pontifical « Justice et Paix », Compendium de la Doctrine Sociale de l’Église, nn. 248-254.