La transmission de la foi dans la catéchèse est un événement de grâce, fruit de la rencontre entre la Parole de Dieu et l'expérience de la personne. Elle s'exprime par des signes sensibles et, à la fin, ouvre au mystère. Cela peut arriver par des voies différentes que nous ne connaissons pas toujours complètement. On parle aujourd'hui de méthodes inductive et déductive. La méthode dite inductive consiste à présenter des faits, tels que les événements bibliques, les actes liturgiques, la vie de l'Eglise et la vie quotidienne, dans le but de discerner la signification qu'ils peuvent avoir dans le mystère de la Révélation. Cette méthode offre de gros avantages parce qu'elle est conforme à l'économie de la révélation; elle répond à l'attente profonde du cœur de l'homme qui est de parvenir à la connaissance des choses intelligibles en partant des réalités visibles; elle concorde également avec les caractéristiques de la connaissance de la foi qui est une connaissance par l'intermédiaire de signes. La méthode inductive n'exclut pas mais appelle la méthode déductive qui, elle, explique les faits et les décrit en partant de leurs causes. Mais la synthèse déductive ne prendra toute sa valeur qu'une fois la démarche inductive accomplie.8Cf. DGC (1971) 72.
Le sens à donner est autre lorsqu'il s'agit des chemins d'action: l'un est dit « kerygmatique » (ou descendant), lorsqu'il part de l'annonce du message, exprimé dans les principaux documents de la foi (Bible, liturgie, doctrine...) et le met en pratique dans la vie; l'autre est dit « existentiel » (ou ascendant) lorsqu'il part des problèmes et situations humaines et les éclaire à la lumière de la Parole de Dieu. Ce sont là deux approches légitimes, à condition de respecter tous les facteurs en jeu, le mystère de la grâce et les données humaines, la compréhension de la foi et le processus de rationalité. L'expérience humaine dans la catéchèse 9Cf. DGC (1971) 74; CT 22.
L'expérience joue divers rôles dans la catéchèse; c'est pourquoi il faut sans cesse la mettre dûment en valeur. a) Elle fait naître chez l'homme des intérêts, des interrogations, des espoirs et des anxiétés, des réflexions et des jugements qui éveillent un certain désir de changer la vie. Aussi la catéchèse prendra-t-elle soin de rendre les personnes attentives à leurs expériences personnelles et sociales les plus marquantes, d'éclairer par l'Evangile les questions et les besoins qui en découlent; de même, elle aidera les hommes à transformer leur mode de vie. La personne adoptera ainsi une attitude active et responsable à l'égard du don de Dieu. b) L'expérience favorise l'intelligibilité du message chrétien. Ce qui concorde bien avec la manière d'agir de Jésus qui s'est servi d'expériences et de situations humaines pour expliquer les réalités eschatologiques et transcendantes, et par là, enseigner l'attitude à adopter face à ces réalités. En ce sens, l'expérience sert à sonder et à comprendre les vérités qui constituent le contenu objectif de la révélation. c) Il s'ensuit que l'expérience vécue à la lumière de la foi devient en quelque sorte un lieu de manifestation et d'accomplissement du salut, où Dieu, conformément à la pédagogie de l'Incarnation, atteint l'homme par sa grâce et le sauve. Le catéchiste doit aider l'homme à lire sa vie dans cette optique pour y saisir l'appel de l'Esprit Saint à la conversion, à l'engagement, à l'espérance, et découvrir ainsi le dessein de Dieu dans sa propre vie.
Eclairer et interpréter l'expérience par le donné de la foi devient une tâche permanente de la pédagogie de la catéchèse, difficile certes, mais qui ne peut être négligée sous peine de tomber dans des juxtapositions artificielles ou des interprétations intégristes de la vérité. C'est possible en appliquant correctement la corrélation ou l'interaction entre les grandes expériences humaines 10Nous parlons des expériences inhérentes aux « grandes questions » de la vie et de la réalité, et plus spécialement de la personne: l'existence de Dieu, le destin de la personne, l'origine et la fin de l'histoire, la vérité sur le bien et le mal, le sens de la souffrance, de l'amour, de l'avenir...; cf. EN 53; CT 22 et 39. et le message révélé, comme en témoignent l'annonce des prophètes, la prédication de Jésus et l'enseignement des apôtres, constituant le critère fondamental à suivre pour toute rencontre entre la foi et l'expérience humaine dans le temps de l'Eglise.