Et ainsi ils exposent que dans la découverte du vrai il faut observer ce convenable, qui consiste à rechercher avec un zèle extrême ce qu'est le vrai, à ne pas tenir des choses fausses pour vraies, à ne pas envelopper d'obscurités les choses vraies, à ne pas encombrer l'esprit de choses superflues ou compliquées et incertaines. Mais qu'y a-t-il d'aussi contraire au convenable que de révérer des morceaux de bois, ce qu'eux-mêmes font ? Qu'y a-t-il d'aussi obscur que de traiter d'astronomie et de géométrie, ce qu'ils essayent, et de mesurer les espaces de l'altitude éthérée, d'enfermer dans des nombres le ciel aussi et la mer , d'abandonner les affaires du salut, et de chercher des erreurs ?
Est-ce que cet homme instruit dans toute la sagesse des Egyptiens, Moïse, n'essaya pas tout cela ? Mais il jugea cette sagesse préjudice et sottise et, se détournant d'elle, il chercha Dieu du fond du cœur ; et c'est pour cette raison qu'il le vit, l'interrogea et l'entendit parler. Qui est plus sage que celui que Dieu a enseigné, qui a anéanti toute la sagesse des Egyptiens et tous les prestiges des arts par la puissance de son action personnelle ? Ce n'est pas cet homme qui prenait les choses inconnues pour connues et y donnait à la légère son assentiment ; ces deux défauts, ils peuvent bien dire qu'il faut les éviter, en ce domaine éminemment naturel et beau moralement de la découverte du vrai , ceux qui, pour eux-mêmes, jugent qu'il n'est ni contraire à la nature, ni laid moralement, d'adorer des pierres et de demander du secours à des statues qui ne peuvent avoir aucun sentiment.
Ainsi donc plus la sagesse est une haute vertu, plus il faut, j'estime, faire effort pour pouvoir y parvenir. C'est pourquoi, afin de ne rien penser à l'encontre de la nature, ni rien de laid moralement et de contraire au convenable, nous devons apporter à l'examen des questions, en vue de les étudier, ces deux choses, à savoir le temps et l'attention. Il n'est en effet rien de plus en quoi l'homme puisse l'emporter sur tous les autres êtres vivants, que le fait d'avoir la raison en partage, de rechercher les causes des choses, de considérer qu'il lui faut tâcher à découvrir l'auteur de son espèce, celui au pouvoir de qui se trouve le pouvoir de vie et de mort sur nous, qui dirige ce monde à son gré, à qui nous savons devoir rendre compte de nos actes. Il n'est rien en effet qui soit plus profitable à une vie belle moralement que de croire qu'il sera notre juge, lui à qui n'échappent pas les choses cachées, font offense celles qui sont contraires au convenable et plaisent celles qui sont belles moralement.
Ainsi donc il est inhérent à tous les hommes de tâcher à découvrir le vrai, conformément à la nature humaine qui nous entraîne à l'étude de la connaissance et de la science, et répand en nous le désir de la recherche. Y exceller paraît à tout le monde une belle chose, mais il appartient à un petit nombre d'y parvenir, à ceux qui dépensent un effort considérable à retourner leurs pensées, à examiner leurs desseins, afin de pouvoir accéder à cette vie heureuse et belle, et s'en rapprocher par leurs œuvres : « Ce n'est pas en effet, affirme Jésus, celui qui m'aura dit : Seigneur, Seigneur, qui entrera dans le royaume des cieux, mais celui qui aura fait ce que je dis ». En réalité, les études relatives à la science, sans les actes, je ne sais si elles ne sont pas bien plutôt une entrave.