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Les Devoirs des ministres

OFFM · Ambroise de Milan · 391 · FR · 550 paragraphes · Psaumes : Vulgate · livres-mystiques.com ↗

II est beau aussi de tenir compte davantage de celui qui t'a accordé quelque bienfait ou service, si lui-même tombe dans le besoin. Qu'y a-t-il en effet d'aussi contraire au devoir que de ne pas rendre ce que tu as reçu ? Et ce n'est pas une mesure égale, mais surabondante, qu'il faut rendre, à mon avis, en appréciant le profit du bienfait, afin qu'à ton tour tu le secoures tant, que tu écartes son épreuve. Et en effet, ne pas être supérieur, dans la reconnaissance d'un bienfait, au don de ce bienfait, c'est être inférieur, parce que celui qui, le premier, a accordé, est supérieur dans le temps et premier en humanité.

En conséquence nous devons imiter, en cela aussi, la nature des sols, qui a l'habitude de rendre la semence reçue en nombre plus considérable qu'elle ne l'a accueillie. Aussi est-ce pour toi qu'il est écrit : « Comme la culture de la terre est l'homme sans sagesse, et comme la vigne l'homme dénué de sens ; si tu l'abandonnes, ce sera la désolation ». Comme la culture de la terre donc est aussi le sage, de telle sorte qu'il rend les semences reçues, comme si elles lui avaient été prêtées à intérêt, avec plus ample mesure. Ainsi donc la terre, ou bien produit des fruits spontanés, ou bien répand et rend en un tas plus abondant ceux qu'on lui a confiés. Tu dois faire l'un et l'autre en vertu d'une sorte de pratique héréditaire de ta mère, la terre, pour n'être pas abandonné comme un champ stérile. Admettons cependant que quelqu'un puisse avoir une excuse de n'avoir pas donné, comment peut-il avoir une excuse de n'avoir pas rendu ? Ne pas donner à quelqu'un est à peine permis, mais ne pas rendre, en vérité, ne l'est pas.

C'est pourquoi Salomon dit bien : « Si tu t'es assis pour dîner à la table du puissant, observe sagement les plats qu'on te présente et mets-y la main en sachant qu'il faut en préparer de tels. Mais si tu es insatiable, ne convoite pas ses mets ; ils maintiennent en effet une vie trompeuse ». Or c'est en désirant nous conformer à ces sentences que nous avons écrit. Accorder une faveur est bien, mais celui qui ne sait pas rendre, est un homme très dur. La terre elle-même fournit un exemple d'humanité : elle sert des fruits spontanés que tu n'as pas semés, rend aussi, après l'avoir multiplié, ce qu'elle a reçu. Il ne t'est pas permis de nier la somme qui t'a été comptée, comment t'est-il permis de ne pas rendre la faveur que tu as reçue ? Tu trouves aussi dans les Proverbes que cette restitution d'une faveur a d'ordinaire tant de valeur aux yeux de Dieu, que même au jour du désastre elle trouve grâce, alors que les péchés peuvent l'emporter par leur poids. Et pourquoi userai-je d'autres exemples alors que le Seigneur en personne promet, dans l'Évangile, aux mérites des saints, une récompense surabondante et encourage à faire œuvre bonne, en disant : « Pardonnez et vous serez pardonnes, donnez et il vous sera donné : c'est une bonne mesure, secouée, débordante qu'on versera dans la poche de votre tunique » ?

Aussi bien ce festin de Salomon ne s'entend-il pas de nourritures, mais de bonnes œuvres. De quoi en effet les âmes font-elles meilleure chère que de bonnes actions ? Ou bien quelle autre chose peut-elle rassasier aussi facilement les esprits des justes que la conscience d'une bonne œuvre ? Or quelle nourriture est plus agréable que de faire la volonté de Dieu ? Et c'est la seule nourriture dont le Seigneur rappelait qu'il en disposait en abondance, comme il est écrit dans l'Évangile : « Ma nourriture est de faire la volonté de mon Père qui est dans le ciel ».

Délectons-nous de cette nourriture dont le prophète dit : « Délecte-toi dans le Seigneur ». Se délectent de cette nourriture ceux qui ont saisi, grâce à une étonnante qualité de cœur, les délices supérieures, ceux qui peuvent savoir quel est ce délice pur et spirituel de l'âme. Mangeons donc les pains de la Sagesse et trouvons le rassasiement dans la parole de Dieu, car ce n'est pas seulement dans le pain mais en toute parole de Dieu que réside la vie de l'homme fait à l'image de Dieu. Quant à la boisson le saint Job dit de façon assez expressive : « Comme la terre qui attend la pluie, c'est ainsi qu'ils attendent mes propos ».