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Les Devoirs des ministres

OFFM · Ambroise de Milan · 391 · FR · 550 paragraphes · Psaumes : Vulgate · livres-mystiques.com ↗

Mais peut-être la gloire de la guerre tient-elle certains hommes attachés au point de penser que seul existe le courage du combat, et que je me suis rabattu sur les formes de courage que je viens d'évoquer, pour la raison que ce courage manquerait aux nôtres. Combien courageux fut Josué pour, dans un seul combat, terrasser et faire prisonniers cinq rois avec leurs peuples ! Ensuite, comme un combat s'engageait contre les Gabaonites(3) et qu'il craignait que la nuit n'empêchât sa victoire, avec grandeur d'âme et de foi il s'écria : « Que le soleil s'arrête », et il s'arrêta jusqu'à ce que sa victoire fût consommée. Gédéon, avec trois cents hommes, remporta un triomphe sur un peuple considérable et sur un ennemi cruel. Jonathan, jeune homme, fit preuve de courage dans un grand combat. Que dire des Maccabées ?

Mais je parlerai d'abord du peuple de nos pères. Ceux-ci, bien qu'ils fussent prêts à se défendre pour sauver le temple de Dieu et leurs lois, ayant été attaqués, par une ruse des ennemis, le jour du sabbat, préférèrent offrir aux blessures leurs corps désarmés plutôt que de se défendre, par crainte de violer le sabbat. Et ainsi tous avec joie s'offrirent à la mort. Mais les Maccabées, considérant qu'en vertu de cet exemple toute la race pouvait périr, même durant le sabbat, alors qu'eux-mêmes étaient provoqués à la guerre, vengèrent le massacre de leurs frères innocents. Aussi par la suite, le roi Antiochus, dans son ardeur, quand il fit allumer la guerre par ses généraux Lysias, Nicanor et Gorgias, fut écrasé avec ses troupes orientales et assyriennes dans de telles conditions que quarante-huit mille hommes furent abattus sur le champ de bataille par trois mille.

Considérez la valeur du chef Judas Maccabée d'après celle d'un seul de ses soldats. En effet Eléazar remarquant un éléphant qui dominait tous les autres, couvert d'un harnachement royal, pensa que le roi était dessus ; rapide, au pas de course, il se précipita au milieu de la formation ennemie et jetant son bouclier, des deux mains s'efforçait de tuer la bête : il s'introduisit sous elle et de son glaive enfoncé par dessous, lui porta un coup mortel. C'est ainsi qu'en tombant la bête écrasa Eléazar et ainsi qu'il mourut. Quelle force d'âme par conséquent : d'abord il ne craignait pas la mort ; ensuite, enveloppé par les formations adverses, il était entraîné dans les rangs serrés des ennemis, entrait au milieu de leur colonne et, rendu plus hardi par le mépris de la mort, jetant son bouclier, allait et se maintenait sous la masse de la bête qu'il blessait des deux mains, puis pénétrait en elle, dans la pensée qu'il la frapperait d'un coup plus définitif ; enfermé plutôt qu'écrasé par l'écroulement de la bête, il fut enseveli sous son propre triomphe.

Et l'homme ne fut pas trompé dans son attente, bien qu'il l'eût été par le harnachement royal : en effet, cloués sur place au spectacle magnifique de sa valeur, les ennemis qui n'avaient pas osé attaquer l'homme sans défense, tout à l'action, après la chute et l'écroulement de la bête, tremblèrent de telle sorte qu'ils se jugèrent, à eux tous, inégaux à la valeur d'un seul, que, finalement, le roi Antiochus, fils de Lysias, qui était venu muni de cent vingt mille hommes et avec trente-deux éléphants, — ainsi, dès le lever du soleil, par le fait de chacune de ces bêtes, on eût dit des sortes de monts qui resplendissaient par l'éclat des armes comme par des torches enflammées — néanmoins terrifié par le courage d'un seul, il demanda la paix. Et ainsi Eléazar laissa la paix comme héritière de sa valeur. Mais que ces faits soient mis au compte des triomphes.