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Les Devoirs des ministres

OFFM · Ambroise de Milan · 391 · FR · 550 paragraphes · Psaumes : Vulgate · livres-mystiques.com ↗

Ainsi donc le courage de l'âme n'est point courage médiocre ni à part de toutes les autres vertus, lui qui mène la guerre en compagnie des vertus, mais qui seul défend la parure que sont toutes les vertus, et qui protège leurs jugements ; lui qui, par un combat inexpiable, tranche contre tous les vices, invincible devant les efforts, courageux devant les dangers, plus inflexible face aux plaisirs, insensible face aux séductions auxquelles il ne sait prêter l'oreille ni — selon l'expression — ne dit bonjour ; lui qui dédaigne l'argent, fuit l'avarice comme une sorte de souillure qui énerve la vertu. Il n'est rien en effet d'aussi contraire au courage que d'être vaincu par le gain. Souvent, après avoir repoussé l'ennemi et contraint le corps de bataille de l'adversaire à prendre la fuite, en se laissant prendre aux dépouilles des tués, le combattant, au milieu de ceux-là mêmes qu'il a abattus, est tombé, pitoyable ; et, culbutées par leurs propres triomphes, les légions, en se laissant accaparer par le butin, ont rappelé contre elles l'ennemi qui avait pris la fuite.

Que le courage donc repousse et écrase un fléau aussi monstrueux, qu'il ne soit pas tenté par les convoitises ni brisé par la crainte ; car la vertu est conséquente avec elle-même pour poursuivre courageusement tous les vices comme des poisons de la vertu : qu'elle refoule, comme par les armes en quelque sorte, la colère qui supprime la réflexion, et qu'elle l'évite à l'instar d'une maladie ; qu'elle se garde aussi du désir de la gloire : le manque de mesure, dans sa recherche a nui souvent, mais dans sa possession toujours.

De tout cela, qu'est-ce qui a fait défaut au saint Job en fait de vertu, ou s'est insinué en lui en fait de vice ? De quelle manière il supporta la peine de la maladie, du froid, de la faim ! De quelle manière il méprisa le péril que courait sa vie I Est-ce à force de rapines qu'il avait rassemblé la richesse dont de si grands biens se répandaient sur les indigents ? Est-ce qu'il stimula l'avidité de la fortune ou les goûts et les convoitises du plaisir ? Est-ce que la querelle injurieuse des trois rois ou l'outrage des serviteurs le firent tomber dans la colère ? Est-ce que la gloire l'exalta comme un être léger, lui qui appelait sur soi de lourdes peines si jamais il cachait une faute, même non volontaire, ou si sa crainte de la multitude du peuple l'avait empêché de la révéler en présence de tous ? Les vertus en effet ne s'accordent pas avec les vices, mais se tiennent l'une l'autre. Qui donc fut aussi courageux que le saint Job à qui l'on peut attribuer un second, mais qui n'a guère trouvé son égal ?