Ce n'est pas inconsidérément que pour vous écrire, mes chers fils, j'ai utilisé le début de ce psaume. Car ce psaume que le prophète David a donné à chanter au saint Idithun, moi je vous encourage à le retenir, charmé que je suis par la profondeur de sa signification et par la vigueur de ses pensées. Nous nous sommes aperçus en effet, à partir des brefs passages que nous avons extraits, que ce psaume enseignait le silence patient, la parole opportune et, dans la suite, le mépris des richesses, qui sont les fondements majeurs des vertus. Ainsi donc en méditant ce psaume, il m'est venu à l'esprit d'écrire sur Les devoirs.
Sur cette question, certains hommes adonnés à la philosophie ont écrit, comme Panétius et son fils chez les Grecs, Tullius chez les Latins. Toutefois je n'ai pas jugé étranger à ma charge d'en écrire moi aussi. Et de même que Tullius le fit pour l'éducation de son fils, je le fais de même, moi aussi, pour votre formation à vous, mes chers fils. Car je ne vous chéris pas moins, vous que j'ai enfantés dans l'Évangile, que si je vous avais eus d'une épouse. La nature en effet n'est pas plus impétueuse que la grâce, pour chérir. Il est sûr que nous devons chérir ceux dont nous pensons qu'ils seront sans fin avec nous, plus que ceux qui le sont seulement en ce monde. Ceux-ci naissent souvent tarés, en sorte qu'ils déshonorent leur père, mais vous, nous vous avons choisis d'avance, pour vous chérir. C'est pourquoi l'on chérit les premiers, en vertu d'une obligation qui n'est pas suffisamment appropriée et durable pour enseigner la tendresse sans fin, tandis que l'on vous chérit, vous, en vertu d'un discernement qui ajoute à la force de la tendresse le grand poids de la charité : il s'agit d'éprouver ceux que l'on chérit et de chérir ceux que l'on a choisis.