Or les philosophes ont pensé que l'on déduit les devoirs, de la beauté morale et de l'utile, et que l'on choisit d'après ces deux catégories ce qui l'emporte ; ensuite qu'il arrive que deux choses belles entrent en concurrence, également deux choses utiles et que l'on cherche ce qui est le plus beau, également ce qui est le plus utile. Tout d'abord donc le devoir se divise en trois parties : le beau, l'utile et ce qui l'emporte. Ensuite ils divisèrent ces trois catégories en cinq points : les choses belles en deux, les choses utiles en deux, et l'estimation du choix. Ils disent que la première partie concerne la convenance et la beauté morale de la vie, la seconde, le bien-être de la vie, les richesses, l'abondance, les moyens d'existence ; c'est d'après ces deux parties qu'intervient l'estimation du choix. Voilà ce que disent les philosophes.
Pour nous, c'est uniquement ce qui peut être convenable et beau que nous apprécions, en fonction des biens à venir plutôt que des biens présents ; et nous reconnaissons pour utile uniquement ce qui peut être avantageux en vue de la grâce de la vie éternelle et non pas ce qui peut l'être en vue du plaisir de la vie présente. Et nous ne plaçons aucun bien-être dans les moyens d'existence et les richesses de l'abondance, mais nous les jugeons une gêne si l'on ne s'en défait pas : on voit une charge à les posséder plutôt qu'une perte à les distribuer.
Ainsi donc le travail de rédaction que nous entreprenons n'est pas superflu, puisque nous apprécions le devoir d'après une norme différente de celle dont usèrent les philosophes. Ceux-ci placent parmi les biens, le bien-être de ce monde ; nous, nous le plaçons même parmi les pertes, car celui qui reçoit ici-bas les biens, comme ce fameux riche, est torturé là-bas, tandis que Lazare qui subit des maux ici-bas, trouva là-bas la consolation . Ensuite ceux qui ne lisent pas les écrits des philosophes, liront les nôtres s'ils le veulent, eux qui ne recherchent pas les ornements du discours ni l'art de la parole, mais le simple agrément des choses.