La division des devoirs : le devoir moyen et le devoir parfait. Or tout devoir est ou bien moyen ou bien parfait, ce que nous pouvons également reconnaître d'après l'autorité des Écritures. On trouve en effet dans l'Évangile que le Seigneur a dit : « Si tu veux parvenir à la vie éternelle, observe les commandements. Il lui dit : Lesquels ? Jésus reprit et lui dit : Tu ne feras pas d'homicide, tu ne commettras pas l'adultère, tu ne feras pas de vol, tu ne diras pas de faux témoignage, honore ton père et ta mère, et tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Voilà les devoirs moyens auxquels manque quelque chose.
Finalement, « Le jeune homme lui dit : J'ai observé tout cela depuis ma jeunesse. Qu'est-ce qui me manque encore ? Jésus lui dit : Si tu veux être parfait, va, vends tous tes biens, donne aux pauvres ; tu auras un trésor dans le ciel, viens, suis-moi. » Et l'on trouve écrit précédemment, là où Jésus dit qu'il faut aimer ses ennemis, qu'il faut prier pour ceux qui nous accusent faussement et qui nous persécutent, et bénir ceux qui nous maudissent, que c'est cela que nous devons faire si nous voulons être parfaits comme notre Père qui est au Ciel, qui commande au soleil de répandre ses rayons sur les bons et sur les méchants, et aux terres de tous sans aucune distinction, de devenir fertiles sous la rosée de la pluie. Voilà donc le devoir parfait, que les Grecs ont appelé ........ , qui redresse tous les devoirs qui ont pu comporter quelques fléchissements .
La miséricorde également est bonne, qui elle aussi rend parfaits, parce qu'elle imite le Père qui est parfait. Rien ne recommande autant l'âme chrétienne que la miséricorde, d'abord envers les pauvres, en telle sorte que tu tiennes pour communs les produits de la nature qui fait pousser les fruits de la terre pour tous, à leur usage ; en telle sorte que tu distribues largement au pauvre ce que tu as, et que tu aides ton compagnon de destinée et de nature. Toi, c'est de la monnaie que tu distribues, mais lui, c'est la vie qu'il reçoit ; toi, tu donnes de l'argent, mais lui le regarde comme sa subsistance ; ton denier est sa richesse.
En échange de ces bienfaits, le pauvre t'apporte davantage, puisqu'il est ton débiteur dans l'ordre du salut : si tu habilles celui qui est nu, c'est toi-même que tu revêts de justice . Si tu fais entrer un étranger sous ton toit, si tu accueilles un indigent, lui t'acquiert l'amitié des saints et « les tentes éternelles ». Cette grâce n'est pas de peu de prix : tu sèmes des biens corporels et tu reçois des biens spirituels. Admires-tu le jugement du Seigneur à propos du saint Job ? Admire la vertu de celui qui pouvait dire : « J'étais l'œil des aveugles, le pied des boiteux. J'étais le père des malades, leurs épaules ont été réchauffées par les toisons de mes agneaux. L'étranger ne demeurait pas dehors, mais ma porte était ouverte à tout venant . » Heureux assurément celui de la maison de qui le pauvre n'est jamais sorti la poche vide ; il n'est pas en effet d'homme plus heureux que celui qui s'intéresse aux besoins du pauvre et à l'épreuve du malade et de l'indigent. Au jour du jugement il tiendra son salut du Seigneur qu'il tiendra comme débiteur de sa miséricorde.