Ceci aide également au progrès d'une bonne réputation, de soustraire le faible aux mains du puissant, d'arracher à la mort le condamné ; pour autant qu'on puisse le faire sans trouble, de peur que nous n'apparaissions agir en vue de la gloriole plutôt que de la miséricorde, et infliger de graves blessures dans notre désir d'en soigner de légères. Si tu as libéré un homme écrasé par la force d'un puissant et accablé par une cabale plutôt que pour le salaire de son crime, c'est alors que le témoignage d'une excellente réputation s'affermit.
L'utilité de l'hospitalité. La plupart des gens trouvent une recommandation aussi dans l'hospitalité. C'est en effet une forme publique d'humanité que l'étranger ne soit pas privé d'une maison qui l'accueille, qu'il soit reçu comme il se doit, que la porte soit ouverte à qui arrive. Il est tout à fait convenable au jugement de tout le monde que les étrangers soient reçus avec honneur, qu'ils ne manquent pas de l'agrément d'une table accueillante, qu'ils rencontrent les devoirs de la générosité, que soit guettée l'arrivée des hôtes.
C'est ce qui fut imputé à l'éloge d'Abraham qui surveillait devant sa porte, de peur que par hasard quelque étranger ne passât outre, et montait attentivement la garde afin d'aller à la rencontre de l'hôte, de le prévenir, de le prier de ne pas aller au-delà, en disant : « Seigneur, si j'ai trouvé grâce auprès de toi, ne passe pas devant ton serviteur sans t'arrêter ». Et à cause de cela, pour prix de son hospitalité, il reçut la récompense d'une postérité.
Loth aussi, son neveu, qui lui était très proche, non seulement par la famille mais encore par la vertu, en raison de son sens de l'hospitalité détourna de lui et des siens les châtiments des habitants de Sodome.
Il convient donc d'être hospitalier, obligeant, juste, sans convoitise du bien d'autrui ; bien plus, de céder quelque chose de son droit, si l'on a été provoqué, plutôt que de heurter les droits d'autrui ; il convient de fuir les procès, de se détourner des querelles, d'acquérir à ce prix la concorde et l'agrément de la tranquillité. Car pour un homme de bien, abandonner quelque chose de son droit, ne représente pas seulement de la générosité, mais encore la plupart du temps un avantage : tout d'abord être exempt de la dépense d'un procès n'est pas un gain médiocre, ensuite s'ajoute au bénéfice ce par quoi s'accroît l'amitié d'où naissent les plus nombreux avantages. Et ces choses, pour celui qui néglige quelques droits en un temps, seront ensuite bénéfiques.
Or dans les devoirs de l'hospitalité, c'est à l'égard de tous assurément qu'il faut faire preuve d'humanité, mais il faut accorder aux justes davantage de marques d'honneur : « Quiconque en effet a reçu le juste à titre de juste, recevra la récompense du juste » comme l'a proclamé le Seigneur. Or si grand est aux yeux de Dieu l'agrément de l'hospitalité que pas même une boisson d'eau froide n'est privée des récompenses de la rétribution. Tu vois qu'Abraham reçut Dieu en qualité d'hôte, tandis qu'il recherchait des hôtes. Tu vois que Loth reçut des anges. D'où sais-tu, toi aussi, que tu ne reçois pas le Christ quand tu reçois un homme ? Il est possible que le Christ soit dans l'hôte, puisque le Christ est dans le pauvre, comme lui-même le dit : « J'étais en prison et vous êtes venus à moi, j'étais nu et vous m'avez couvert ».
C'est donc une douce chose, de rechercher non pas l'argent mais l'agrément. Or depuis longtemps ce mal s'est infiltré dans l'âme des hommes : l'argent est en honneur et les cœurs humains sont pris par l'admiration de la richesse. Aussi l'avarice s'est-elle introduite comme une sorte de sécheresse dans les devoirs de bonté, en telle sorte que les hommes tiennent pour un dommage tout ce qu'on dépense de plus que d'ordinaire. Mais sur ce point aussi, à l'encontre de l'avarice, afin qu'elle ne puisse constituer un empêchement, l'Ecriture vénérable et prévoyante dit que : « Meilleure est l'hospitalité qui offre des légumes... » et ensuite : « Meilleur est le pain offert avec douceur, dans la paix ». En effet l'Écriture ne nous enseigne pas d'être prodigues, mais généreux.
Il est de fait deux genres de largesse : l'un est celui de la générosité, l'autre celui de la prodigalité débordante. Il est généreux d'offrir l'hospitalité, de vêtir qui est nu, de racheter les captifs, d'aider par sa dépense ceux qui sont démunis ; c'est prodigalité de se répandre en festins somptueux avec grande abondance de vins ; aussi as-tu lu : « Le vin est prodigue et l'ivresse injurieuse». C'est prodigalité d'épuiser ses propres ressources pour gagner la faveur du peuple, ce que font ceux qui dilapident leur patrimoine en jeux de cirque ou même de théâtre, en spectacles de gladiateurs ou encore en chasses, afin de l'emporter sur la célébrité de leurs prédécesseurs ; or tout ce qu'ils font est vain, puisqu'il ne convient pas de manquer de mesure, même par des dépenses faites pour de bonnes entreprises.
Belle générosité que de garder la mesure à l'égard aussi des pauvres eux-mêmes, afin d'avoir des ressources pour un plus grand nombre ; de ne pas répandre sans limite, pour gagner la faveur . Tout ce qui procède d'une intention pure et sincère, c'est cela qui est convenable : ne pas entreprendre des constructions superflues, mais ne pas omettre les nécessaires.
Et il convient surtout au prêtre, d'orner le temple de Dieu d'une beauté conforme au lieu, afin que la demeure du Seigneur resplendisse aussi de cette parure; de multiplier les frais convenables pour la pratique de la miséricorde ; de dispenser, autant qu'il faut, aux étrangers, des dons non pas superflus mais appropriés, non pas surabondants mais conformes au sens de l'humain ; il évitera, par la dépense pour les pauvres, de rechercher pour soi la reconnaissance d'autrui ; de se montrer trop serré à l'égard des clercs ou trop complaisant. L'un de ces comportements est inhumain, l'autre prodigue : que la dépense soit insuffisante pour le besoin de ceux que l'on doit retenir à l'écart de la vile poursuite des affaires commerciales, ou que la dépense en vienne au coulage pour la jouissance.