Ainsi, il est du plus grand profit pour chacun de se joindre aux gens de bien. Pour les jeunes gens aussi, il est utile de suivre des hommes illustres et sages, car « celui qui rencontre les sages est un sage, tandis que celui qui s'attache aux insensés est reconnu pour un insensé ». Et ainsi le profit est très grand, à la fois au titre de l'enseignement reçu et au titre de l'attestation d'honnêteté. Les jeunes gens montrent en effet qu'ils sont imitateurs de ceux auxquels ils s'attachent, et l'opinion s'accrédite qu'ils ont pris dans leur conduite la ressemblance de ceux avec qui, à la satisfaction de leur désir, ils ont vécu.
De là vient la grandeur de Josué, fils de Navé, que son union avec Moïse, non seulement l'introduisit dans la science de la Loi, mais encore le sanctifia dans la grâce. Ainsi, alors qu'on voyait, descendue sur la tente de Moïse, la majesté du Seigneur resplendir de l'éclat de la divine présence, Josué était seul dans la tente. Moïse parlait avec Dieu, mais Josué était également couvert par la nuée sacrée. Les prêtres et le peuple se tenaient en bas, mais Josué, accompagnant Moïse, faisait l'ascension pour recevoir la Loi. Tout le peuple était à l'intérieur du camp, mais Josué était en dehors du camp, dans la tente de l'alliance. Lorsque la colonne de nuée descendait et parlait avec Moïse, il se tenait auprès, comme un fidèle serviteur, et le jeune homme ne sortait pas de la tente, tandis que les anciens placés au loin tremblaient devant les prodiges de Dieu .
Partout donc, au milieu d'œuvres merveilleuses et de mystères vénérables, il se tenait inséparablement attaché au saint Moïse. Aussi arriva-t-il que celui qui avait été le compagnon de sa vie, devint l'héritier de son pouvoir. À juste titre, l'homme devint tel qu'il retint le cours des fleuves, dit : que le soleil s'arrête, et il s'arrêta — que le soleil, pour ainsi dire spectateur de sa victoire, retarda la nuit et prolongea le jour — quoi ? chose qui fut refusée à Moïse, que lui seul fut choisi pour faire entrer le peuple dans la terre de la promesse. Grand homme par les miracles de sa foi, grand par ses triomphes. Les œuvres de Moïse furent plus majestueuses, mais celles de Josué plus profitables. L'un et l'autre donc, soutenus par la grâce divine, avancèrent au-delà de la condition humaine : le premier commanda à la mer, le second au ciel.
Belle est donc l'union des anciens et des jeunes gens. Les uns ont le rôle du témoignage, les autres celui du réconfort ; les uns celui de l'enseignement, les autres celui de l'agrément. Je ne retiens pas que Loth, tout jeune homme, s'attacha à Abraham, même quand il partit, de peur que d'aventure on ne considère que cela fut davantage le fait de la parenté et d'un lien inévitable plutôt que volontaire. Que dire d'Elie et d'Elisée ? Bien que l'Ecriture n'ait pas indiqué de façon expresse qu'Elisée était jeune, cependant nous apercevons et constatons qu'il était assez jeune. Dans les Actes des apôtres, Barnabé s'attacha Marc, Paul Silas, Paul Timothée, Paul Tite.
Mais, d'après les exemples précédents, nous voyons que les devoirs se trouvaient répartis, en telle sorte que les anciens se distinguaient par le conseil et les jeunes par le service. La plupart du temps en outre, semblables par les vertus, mais dissemblables par les âges, ils trouvent plaisir à l'union entre eux, comme y trouvaient plaisir Pierre et Jean. De fait, nous lisons dans l'Evangile et de son propre aveu, que Jean était un jeune homme, bien que par les mérites et la sagesse il ne le cédât à aucun des anciens ; il y avait en effet en lui la vieillesse vénérable de la conduite et la prudence des cheveux blancs. La vie sans tache en effet paie le prix d'une bonne vieillesse.