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Les Devoirs des ministres

OFFM · Ambroise de Milan · 391 · FR · 550 paragraphes · Psaumes : Vulgate · livres-mystiques.com ↗

Or quel profit as-tu à favoriser le riche? N'est-ce pas parce qu'il récompense plus rapidement celui qui l'aime? Nous favorisons en effet plus fréquemment ceux dont nous attendons la réciprocité d'une faveur en retour. Mais il convient d'autant plus de nous intéresser au faible et au pauvre, que, à la place de celui qui ne possède pas, c'est du Seigneur Jésus que nous attendons la récompense ; or ce Jésus a fait connaître, sous l'image d'un festin, la norme générale des vertus, à savoir que nous accordions de préférence nos bienfaits à ceux qui ne pourraient nous les rendre, lorsqu'il estime qu'il faut inviter au festin et au banquet, non pas ceux qui sont riches, mais les pauvres. En effet les riches paraissent être priés au festin afin qu'eux-mêmes aussi nous le rendent, tandis que les pauvres, parce qu'ils n'ont pas de quoi donner en retour, quand ils ont reçu, font que le Seigneur est celui qui nous rend, lui qui s'est offert pour être l'obligé à la place du pauvre.

C'est également par rapport à l'intérêt temporel lui-même, que le don d'un bienfait, accompli à l'intention des pauvres plutôt qu'à celle des riches, est plus avantageux ; car le riche dédaigne un bienfait et il a honte d'être redevable d'une faveur. Bien plus, ce qui lui a été donné, il l'attribue à ses mérites : il pense qu'il l'a reçu comme un dû, ou bien qu'il lui a été accordé pour cette raison que celui qui l'a accordé, a supputé que le riche devrait lui rendre avec plus d'abondance. Ainsi en recevant un bienfait, par le fait même qu'ils l'ont reçu, les riches considèrent avoir accordé plutôt qu'avoir reçu. Tandis que le pauvre, bien qu'il n'ait pas de quoi rendre de l'argent, apporte en retour sa gratitude. Ce faisant, il est certain qu'il rend plus qu'il n'a reçu : la dette d'argent en effet s'acquitte avec du numéraire, mais la gratitude ne s'épuise jamais. En rendant, la dette d'argent s'éteint, tandis que la reconnaissance, et en gardant s'acquitte, et en acquittant se conserve. Enfin, chose que le riche évite, le pauvre avoue qu'il se sent lié par une dette ; il pense qu'on lui est venu en aide et non pas qu'on lui a rendu hommage. Il juge que ses enfants lui ont été remis, que la vie lui a été rendue, que sa famille a été sauvée. Combien donc vaut-il mieux placer un bienfait chez de bonnes gens que chez des ingrats !

C'est pourquoi le Seigneur dit à ses disciples : « Ne possédez ni or ni argent ni monnaie ». Par cette parole comme avec une faux, il coupa la cupidité qui proliférait dans les coeurs des hommes. Pierre aussi, au boiteux que l'on portait depuis sa naissance, déclara : « Je n'ai ni argent ni or, mais ce que j'ai, je te le donne. Au nom de Jésus-Christ de Nazareth, lève-toi et marche ». Aussi il ne lui donna pas de monnaie, mais il lui donna la santé. Combien vaut-il mieux tenir le salut sans monnaie que la monnaie sans le salut. Le boiteux se leva, ce qu'il n'espérait pas ; il ne reçut pas la monnaie qu'il espérait. Mais ceci se rencontre tout juste chez les saints du Seigneur, que la richesse soit objet de mépris.