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Les Devoirs des ministres

OFFM · Ambroise de Milan · 391 · FR · 550 paragraphes · Psaumes : Vulgate · livres-mystiques.com ↗

Au reste la conduite humaine s'est tellement fondée sur l'admiration de la richesse, que personne s'il n'est riche, n'est réputé digne d'honneur. Et cet usage n'est pas récent, mais c'est depuis longtemps, ce qui est pire, que ce vice s'est implanté dans les âmes des hommes : en effet, quand Jéricho, la grande ville, se fut écroulée au son des trompettes des prêtres et que Josué fut en possession de la victoire, il apprit que le courage du peuple avait été affaibli par la cupidité et la convoitise de l'or ; de fait, après qu'Achar eut soustrait des dépouilles de la ville en feu, une veste d'or, deux cents didrachmes d'argent et un lingot d'or, mis en présence du Seigneur, il ne put nier, mais révéla son larcin.

Ainsi donc la cupidité est ancienne et invétérée, elle qui a commencé avec les oracles eux-mêmes de la loi divine ; bien plus, c'est pour réprimer la cupidité même que la loi a été donnée. A cause de la cupidité, Balac pensa que Balaam pouvait être tenté par des récompenses, afin qu'il maudît le peuple des patriarches, et la cupidité l'eût emporté si le Seigneur n'avait pas interdit que le peuple fût tenu éloigné par une malédiction. A cause de la cupidité, Achar était tombé, il avait conduit à sa perte le peuple de nos pères. Et ainsi Josué qui put arrêter le soleil, l'empêchant d'avancer, ne put contenir la cupidité des hommes, l'empêchant de progresser. A sa voix, le soleil s'immobilisa mais la cupidité ne s'immobilisa pas. Et ainsi, le soleil se tenant immobile, Josué mena à bien son triomphe, tandis qu'avec l'avancement de la cupidité, il faillit perdre la victoire.

Eh quoi ! Le plus fort de tous les hommes, Samson, n'est-ce pas la cupidité de Dalila, une femme, qui le trompa? Et ainsi celui qui déchira de ses mains un lion rugissant, qui, enchaîné et livré à des étrangers, tout seul, sans aucune aide, après avoir rompu ses liens, tua parmi eux un millier d'hommes, lui qui cassa des cordes de nerfs tressés, comme de tendres fils de sparte, cet homme, la tête penchée sur les genoux de la femme, amputé, perdit l'ornement de sa chevelure invincible, le privilège de sa force. L'argent se répandit dans le giron de la femme et la grâce se retira de l'homme.

Ainsi donc fatale est la cupidité, séduisant l'argent qui corrompt ceux qui en ont, mais n'aide pas ceux qui n'en ont pas. Admettons cependant que l'argent aide quelquefois l'homme, de condition inférieure pourtant et qui lui-même le désire. Que représente-t-il pour celui qui ne le désire pas, qui ne le recherche pas, qui n'a pas besoin de son secours, que son attrait ne fait pas fléchir ? Que représente-t-il pour les autres, si autre est celui, trop avide, qui a cet argent ? Est-ce que par hasard cet homme offre une plus belle vie morale parce qu'il a ce qui fait perdre, la plupart du temps, la beauté morale, parce qu'il a quelque chose à garder plutôt qu'à posséder ? Nous possédons en effet ce dont nous usons, quant à ce qui dépasse notre usage, cela n'offre assurément pas l'avantage de la possession, mais le risque de la garde.