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Les Devoirs des ministres

OFFM · Ambroise de Milan · 391 · FR · 550 paragraphes · Psaumes : Vulgate · livres-mystiques.com ↗

C'est ainsi que les philosophes ont placé la vie heureuse, les uns dans le fait de ne pas souffrir comme Hiéronyme, d'autres dans la science de la nature comme Hérillus : Apprenant que la science avait été vantée de façon merveilleuse par Aristote et Théophraste, il l'établit, elle seule, comme souverain bien, quoique ceux-ci l'aient vantée comme un bien, mais non comme le seul bien. D'autres ont dit que la vie heureuse était le plaisir, comme Épicure ; d'autres — comme Calliphon et Diodore après lui — l'ont ainsi entendue que l'un adjoignit au plaisir, l'autre à l'absence de douleur, la compagnie de la beauté morale, dans l'idée que sans elle il ne peut y avoir de vie heureuse. Zénon le stoïcien définit seul et souverain bien ce qui est beau moralement, tandis qu'Aristote ou Théophraste et tous les autres péripatéticiens affirmèrent que la vie heureuse réside certes dans la vertu, c'est-à-dire dans la beauté morale, mais que son bonheur est comblé en outre par les biens du corps et les biens extérieurs.

Or la divine Ecriture a placé la vie éternelle dans la connaissance de la Divinité et dans le profit de la bonne action. Car le témoignage de l'Evangile pour l'une et l'autre affirmation est surabondant. En effet, au sujet de la science, le Seigneur Jésus a ainsi parlé : « Or ceci est la vie éternelle qu'ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé Jésus-Christ ». Et au sujet des oeuvres il a ainsi répondu : « Tout homme qui aura abandonné sa maison ou ses frères ou ses soeurs ou sa mère ou ses fils ou ses champs à cause de mon nom, recevra le centuple et possédera la vie éternelle ».

Mais pour qu'on ne pense pas que ceci est récent et a été traité par les philosophes avant d'avoir été proclamé dans l'Evangile - antérieurs à l'Evangile sont en effet les philosophes, c'est-à-dire Aristote et Théophraste, ou bien Zénon et Hiéronyme, mais ils sont postérieurs aux prophètes - que l'on apprenne en quel lointain passé, bien avant qu'on entendît le nom des philosophes, les deux affirmations se trouvent clairement exprimées par la bouche du saint David. Il est écrit en effet : « Heureux celui que toi, tu auras instruit, Seigneur, et à qui tu auras enseigné ta loi ». Nous avons aussi ailleurs : « Heureux l'homme qui craint le Seigneur , à ses commandements il se plaira beaucoup ». Nous nous sommes expliqués au sujet de la connaissance ; de celle-ci le prophète a rappelé que la récompense est le bénéfice de l'éternité, lorsqu'il ajoute que dans la maison de cet homme qui craint Dieu, ou de l'homme instruit dans la loi et se plaisant dans les commandements de Dieu, « sont gloire et richesse » et que « sa justice demeure dans les siècles des siècles ». Au sujet des ?uvres aussi, il a ajouté ensuite, dans le même psaume, que la récompense de la vie éternelle comble l'homme juste. Car il dit : « Heureux l'homme qui prend pitié et prête, il dispose ses propos avec jugement : il sera inébranlable à jamais. Le juste sera en mémoire éternellement». Et ensuite : « II a distribué, il a donné aux pauvres, sa justice demeure pour l'éternité ».

Ainsi donc la foi a la vie éternelle parce qu'elle est le bon fondement, les bonnes actions ont aussi la vie éternelle parce que l'homme juste est éprouvé à la fois par ses paroles et par ses actes. Car s'il se trouve qu'il soit habile dans les propos et paresseux dans les oeuvres, il rejette sa prudence par ses actions ; et c'est chose plus grave de savoir que faire et de n'avoir pas fait ce qu'on voyait qu'on devait faire. À l'inverse également, se montrer empressé dans les oeuvres et infidèle dans les dispositions intérieures, c'est comme si l'on voulait, sur un fondement défectueux, élever de belles et hautes constructions : plus on a monté l'édifice, plus il s'écroule, car sans l'assise de la foi, les oeuvres ne peuvent subsister. Un mouillage peu sûr fait éventrer le navire au port, et un sol sablonneux cède rapidement, il ne peut supporter le poids de la bâtisse édifiée sur lui. Ainsi donc, là se trouve la plénitude de la récompense, où se trouvent la perfection des vertus et une sorte d'égale modération dans les actions et les paroles.