Ainsi donc nous remarquons que l'honnêteté de la vie, le privilège des vertus, la pratique de la bienveillan-ce, l'agrément de rapports aisés peuvent aider beaucoup à obtenir le rôle de conseiller. Qui en effet rechercherait une source dans la boue? Qui demanderait sa boisson à une eau trouble? Aussi, là où se trouve la débauche, où se trouve l'intempérance, où se trouve le mélange des vices, qui estimerait avoir, de là, quelque chose à puiser pour lui-même ? Qui ne mépriserait la dépravation des mœurs ? Qui jugerait utile à la cause d'autrui celui qu'il voit inutile à sa propre vie ? Qui de nouveau ne fuirait le malhonnête, le malveillant, l'insulteur, et quant à l'homme disposé à nuire, qui ne l'éviterait avec tout son soin ?
Qui, en vérité, solliciterait un homme, si apte qu'il soit à aider de ses conseils, mais qui serait d'un abord difficile ; un homme en qui les choses se passent comme si l'on obstruerait une source d'eau ? A quoi sert en effet d'avoir la sagesse, si tu refuses ton conseil? Si tu supprimes la possibilité de prendre conseil, tu as clos la source, en telle sorte que ni pour les autres elle ne coule, ni pour toi elle ne sert.
Or cela convient bien aussi de celui qui ayant la prudence, la souille de la crasse des vices, du fait qu'il pollue la sortie de l'eau. La vie révèle les âmes indignes. Comment peux-tu en effet estimer supérieur par son conseil, celui que tu peux voir inférieur par sa conduite ? Il doit être au-dessus de moi, celui à qui je m'apprête à me confier. Ou bien vraiment le jugerai-je apte à me donner le conseil qu'il ne peut se donner à lui-même et croirai-je qu'il s'occupe de moi, celui qui ne peut s'occuper de lui-même, celui dont l'âme peut être accaparée par les plaisirs, vaincue par la passion, soumise par l'avarice, troublée par la convoitise, ébranlée par la crainte? Comment se trouverait la place d'un conseil, là où il n'y a pas de place pour la sérénité?
Il me faut admirer et contempler le conseiller que, miséricordieux, le Seigneur donna à nos pères, mais que, offensé, il leur enleva. Il doit être son imitateur, celui qui peut donner conseil et garder sa prudence éloignée des vices, car « rien de souillé n'entre en elle ».