Quand nos aïeux auraient-ils pu sortir de la servitude, s'ils n'avaient pas cru que c'était non seulement une chose honteuse, mais encore inutile, que d'être asservis au roi des Égyptiens?
Josué aussi et Caleb, qui avaient été envoyés pour reconnaître la terre, annoncèrent que la terre était assurément riche, mais qu'elle était habitée par des races très sauvages. Le peuple, brisé par la terreur d'une guerre, refusait la possession de cette terre. Josué et Caleb qui avaient été envoyés en reconnaissance, s'efforçaient de persuader que la terre était utile : ils estimaient qu'il n'était pas convenable de le céder aux païens, ils choisissaient d'être lapidés, ce dont les menaçait le peuple, plutôt que de renoncer à la beauté morale. D'autres s'efforçaient de dissuader : le peuple se récriait en disant qu'il y aurait la guerre contre des races cruelles et farouches, qu'il leur faudrait s'exposer au combat, que leurs femmes et leurs enfants seraient voués au butin.
La colère du Seigneur s'enflamma, au point qu'il voulait tous les anéantir, mais à la prière de Moïse, il modéra sa sentence, différa la punition, jugeant qu'était suffisant un châtiment pour les mécréants : bien qu'il les épargnât pour un temps et ne frappât point les incrédules, toutefois, pour prix de leurs incrédulité, ils ne parviendraient pas à cette terre qu'ils avaient refusée, mais les enfants et les femmes qui n'avaient pas proféré de murmures, excusables qu'ils étaient en raison ou de leur sexe ou de leur âge, atteindraient l'héritage promis de cette terre. Finalement, de tous ceux qui avaient dix-neuf ans et plus, les corps tombèrent au désert, mais la peine des autres fut différée. Quant à ceux qui montèrent avec Josué et estimèrent qu'il fallait dissuader le peuple, sous l'effet d'un grand coup ils moururent aussitôt, tandis que Josué et Caleb, en compagnie de ceux dont l'âge ou le sexe faisaient l'innocence, entrèrent dans la terre de la promesse.
Ainsi donc la partie du peuple la meilleure préféra la gloire à la conservation, mais la plus mauvaise, la conservation à la beauté morale. Or la sentence de Dieu approuva ceux qui estimaient que les belles valeurs morales l'emportaient sur les choses utiles, mais elle condamna ceux aux yeux de qui valaient davantage les réalités qui semblaient appropriées à la conservation plutôt qu'à la beauté morale.