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Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · Psaumes : Vulgate · docteurangelique.free.fr ↗

Article 1 — Le mariage est-il de droit naturel ?

Objections :

1. Ce que la nature enseigne aux animaux est de droit naturel. Or les animaux pratiquent l’union passagère des sexes et non pas l’union permanente du mariage. Ce dernier n’est donc pas de droit naturel.

2. Si, d’autre part, le mariage était de droit naturel, on l’aurait contracté à toutes les époques de l’histoire de l’humanité. Mais à certaines périodes de la civilisation, on ne connaissait pas le mariage. Comme le disait Cicéron : "Les hommes de l’antiquité étaient des sauvages, personne ne connaissait ses propres enfants, on ignorait l’union stable du mariage". Celui-ci n’est donc pas de droit naturel.

3. D’ailleurs, ce qui est de droit naturel ne varie pas. Or le mariage s’est modifié puisque la législation matrimoniale diffère selon les peuples. Il n’est donc pas de droit naturel.

4. Les moyens dont la nature peut se passer pour aboutir à son but ne sont pas de droit naturel. Or, le but visé par la nature dans le mariage consiste dans la propagation de l’espèce au moyen de la procréation. Mais celle-ci peut très bien avoir lieu en dehors du mariage, comme il arrive dans la fornication. Le mariage n’est donc pas une institution de la nature.

Cependant :

Il est dit au commencement du Digeste : "Du droit naturel tire son origine l’union de l’homme et de la femme que nous appelons mariage".

En outre Aristote déclare dans les Éthiques (8, 12) : "Si l’homme est naturellement social, il est encore plus naturellement fait pour le mariage". Or, c’est la loi naturelle qui rend l’homme social, aussi fera-t-elle de lui un être enclin au mariage. Le mariage est donc de droit naturel.

Conclusion :

Il y a deux sortes de réalités naturelles :

- 1° Les premières sont les effets qui dérivent nécessairement des principes d’une nature, par exemple, s’élever dans l’air est naturel au feu. A cette catégorie n’appartient pas le mariage, pas plus d’ailleurs que tout ce qui requiert l’intervention du libre arbitre.

- 2° Le second groupe de réalités naturelles se compose des inclinations de notre nature mais que réalise notre libre arbitre : sont naturels de cette façon les actes de vertu. Le mariage est aussi naturel de cette manière et pour une double raison : l’instinct de la nature incline d’abord l’homme vers la fin principale du mariage, l’enfant et son éducation complète, car la venue de l’enfant n’est pas le seul bien désiré de la nature : ce bien est aussi son éducation et son acheminement jusqu’à l’état d’homme parfait, c’est-à-dire, l’état d’homme vertueux. A cette fin, en effet, dit Aristote (Éthiques 8, 12), nous recevons trois choses de nos parents : l’existence, la nourriture, l’éducation. La conclusion suit : un enfant ne peut recevoir l’éducation et l’instruction familiale que s’il a des parents certains et connus, ce qui ne se produirait pas si aucun lien obligatoire ne liait, l’un à l’autre, l’homme et la femme. Or c’est en cela que consiste le mariage.

La nature pousse encore l’homme et la femme vers le mariage, parce qu’elle les invite à rechercher la fin secondaire du mariage, c’est-à-dire, les services mutuels que se rendent les époux dans la société domestique. De même que la nature et la raison invitent les hommes à se réunir, un seul ne pouvant pas s’assurer tout ce qui est nécessaire à sa vie, et c’est pour cela que l’homme est dit naturellement social, de même la nature invite l’homme à s’associer avec la femme par le mariage, car, dans les oeuvres indispensables à l’existence, il y a des travaux qui ne peuvent être convenablement accomplis que par les hommes, et il y en a d’autres qui ne peuvent être entrepris que par les femmes. Telles sont les deux raisons alléguées par Aristote en faveur de notre thèse.

Solutions :

1. La nature a mis dans l’homme des inclinations de deux sortes : les unes lui conviennent en raison, de son caractère animal et ces instincts lui sont innés comme à tous les animaux. D’autres inclinations conviennent à l’homme seul, à cause de ce qui différencie sa nature : la nature humaine, en effet, déborde le cadre du genre animal, car elle est raisonnable ; ainsi en est-il dans le domaine des actes de prudence et de tempérance. Si, d’autre part, le caractère animal se retrouve dans tous les animaux, ce n’est pas de la même façon ; les attraits de l’animal ne seront donc pas partout identiques mais différents selon le caractère de chacun.

Vers le mariage envisagé sous son second aspect, l’homme se sentira naturellement attiré, à cause de ce qui le distingue de l’animal. Aussi Aristote, en donnant cette raison, place l’homme au-dessus de tous les animaux.

- Vers le mariage, considéré au contraire sous son premier aspect, l’homme sera attiré parce qu’il appartient au genre animal ainsi, dit Aristote, la procréation est commune à tous les animaux. Mais cet instinct ne revêt pas la même forme chez tous. Il y a, en effet, des animaux dont les petits, aussitôt nés, peuvent suffisamment trouver leur nourriture, ou bien, dont la mère seule peut pour voir à l’entretien de la vie ; chez eux point d’association stable entre le mâle et la femelle. Que si le secours des parents est nécessaire pendant un peu plus de temps, l’association dure encore pendant ce temps, comme cela se produit pour certains oiseaux. Mais l’homme, lui, a besoin de ses parents pendant une longue période de sa vie. Aussi l’union matrimoniale ne peut-elle consister que dans une association très intime entre tel homme et telle femme bien déterminés. C’est aussi de ce côté que porte l’attrait dont la cause est la nature animale.

2. Le mot de Cicéron peut se vérifier pour les origines particulières et immédiates d’une race donnée et qui la différencient d’une autre race car ce vers quoi nous incline la nature, ne se réa lise pas toujours et partout. Mais cet état de choses ne s’applique pas à l’origine primitive de tout le genre humain. La Sainte Écriture nous atteste, en effet, qu’il y a eu de vrais mariages au début de l’humanité.

3. Selon le mot du Philosophe (Éthiques 7, 14), la nature humaine n’est pas immuable, à la différence de la nature divine ; aussi selon les divers états et conditions des hommes, le droit naturel peut-il varier. Par contre les choses divines et le droit divin ne varient pas.

4. La nature ne recherche pas seulement la naissance des enfants, mais aussi leur éducation parfaite : ceci exige l’association permanente du mariage.

Article 2 — Le mariage est-il obligatoire ?

Objections :

1. Comme autrefois, le mariage est encore obligatoire, car une loi dure jusqu’à sa révocation. Or, Dieu, en instituant le mariage, l’a déclaré obligatoire et ne paraît pas avoir abrogé sa loi : au contraire, semble-t-il, le Christ l’a confirmée en disant (Mt 19, 6) : "Ce que Dieu a uni, l’homme ne doit pas le séparer".

2. Les préceptes de droit naturel obligent en tout temps. Le mariage, étant de droit naturel, reste donc obligatoire.

3. Le bien de l’espèce humaine est supérieur au bien de l’individu, car, comme le dit Aristote, "le bien du peuple est plus divin que le bien d’un seul homme". Mais le précepte qui impose à l’homme de veiller à la conservation de sa vie et donc de se nourrir dure encore ; à plus forte raison, le précepte qui lui fait un devoir de propager l’espèce humaine par le mariage.

4. Une obligation subsiste autant que demeure le motif qui la justifie. Mais l’obligation de contracter mariage, telle qu’elle astreignait les anciens, avait pour raison d’être le besoin d’éviter un arrêt dans la propagation de la race humaine. Or, ceci pourrait encore se produire, si chacun était libre de se marier. Le mariage est donc obligatoire.

Cependant :

1. Saint Paul écrit (1 Co 7, 38) : "Celui qui ne marie pas sa fille fait mieux" que celui qui la marie. Contracter mariage n’est donc pas obligatoire.

2. En outre, la transgression d’un précepte ne mérite aucune récompense. Mais ne récompense-t-on pas les vierges par une auréole spéciale ? Il n’y a donc pas de précepte qui contraigne l’homme au mariage.

Conclusion :

La nature nous porte vers deux sortes de biens :

- 1° Les uns sont nécessaires à la perfection de l’individu ; chacun est alors obligé de les rechercher, puisque les perfections naturelles doivent être communes à tous les hommes.

- 2° Les seconds sont nécessaires à la société : ces biens sont nombreux et se contrarient les uns les autres ; chacun n’est donc pas tenu de les poursuivre tous en même temps ; sinon, chaque homme devrait s’adonner à la fois à l’agriculture, à la construction et aux autres métiers indispensables à la société humaine : pour obéir à la nature, il suffit que chacun remplisse l’un des emplois nécessaires à tout le groupe.

Or il est nécessaire au bien commun de toute la société humaine que certains hommes se consacrent à la contemplation, et celle-ci, par ailleurs, n’a pas de plus grand obstacle que le mariage. L’inclination naturelle qui pousse au mariage n’a donc pas force de loi, même au dire des philosophes. Aussi Théophraste disait qu’il ne convient pas au sage de prendre femme.

Solutions :

1. L’ancien précepte de se marier n’a pas été révoqué, mais il n’oblige plus tous les hommes pour la raison donnée : il ne les obligeait tous qu’à l’époque où, en raison de leur petit nombre, les hommes avaient le devoir de propager l’espèce humaine par la génération.

2 et 3. Les solutions à la deuxième et à la troisième objection se trouvent contenues dans ce qui précède.

4. La nature humaine, prise en général, comporte, on vient de le dire, toutes les inclinations aux diverses fonctions sociales ; mais, dès qu’elle s’individualise chez tel ou tel homme, elle incline de préférence celui-ci à telle fonction, celui-là à telle autre, selon les différents individus. De cette variété de tempéraments jointe à l’action de la providence qui dirige toutes choses, il s’en suit que certains préfèrent tel métier à tel autre, par exemple, le métier d’agriculteur. Pour la même raison, les uns choisiront le mariage, les autres la vie contemplative : il n’en résulte donc aucune menace pour la société.

Article 3 — L’acte conjugal est-il licite ?

Objections :

1. L’acte conjugal semble bien être toujours un péché. Saint Paul (1 Co 7, 9) dit en effet : "Que ceux qui sont mariés, soient comme ne l’étant pas". Or, ceux qui ne sont pas mariés, n’accomplissent pas l’acte conjugal. Ceux qui se marient pèchent donc en l’accomplissant.

2. Isaïe (59, 2), s’adressant aux Juifs, leur dit : "Vos iniquités ont mis une séparation entre Dieu et vous". Mais l’acte conjugal sépare aussi l’homme de Dieu, car, dans l’Exode (19, 15), on raconte que Moïse, pour préparer le peuple à la descente de Yahvé, lui enjoignit de ne s’approcher d’aucune femme. Saint Jérôme dit aussi que l’Esprit Saint ne touchait pas le coeur des prophètes quand ces derniers accomplissaient les devoirs du mariage. L’acte conjugal est donc un péché.

3. Un acte qui, de lui-même, est indécent, ne peut jamais devenir un acte bon. Or à l’acte conjugal se joint toujours le mouvement de la passion charnelle qui est un acte indécent. Il est donc toujours défendu de l’accomplir.

4. On ne cherche des excuses qu’au péché. Mais l’acte matrimonial a besoin d’être excusé par les biens du mariage, comme l’enseigne le Maître des Sentences (4, 26). C’est donc un péché.

5. Le même verdict doit s’appliquer aux choses semblables. Or le commerce charnel du mariage ne ressemble-t-il pas à celui de l’adultère, puisque le résultat est le même, c’est-à-dire, la propagation de l’espèce humaine ? L’adultère étant un péché, l’acte conjugal le sera aussi.

6. L’excès de la passion est un manque de vertu. Mais l’acte du mariage entraîne une telle sensation de plaisir que la raison, principale qualité de l’homme, s’en trouve abolie : Aristote dit, en effet, qu’il est impossible à l’homme de comprendre quelque chose dans une telle situation. L’acte matrimonial est donc toujours un péché.

Cependant :

1. Saint Paul déclare (1 Co 7, 28 ; 36) : "Si une jeune fille se marie, elle ne pèche pas" et encore (1 Tm 5, 14) : "Je veux que les jeunes veuves se marient et aient des enfants". Or, on ne peut pas avoir d’enfants sans accomplir l’union charnelle. L’acte conjugal n’est donc pas un péché : sinon, l’Apôtre ne l’aurait pas prescrit.

2. En outre aucun précepte n’oblige au péché. Or, l’acte du mariage est l’objet d’un précepte, car "l’homme doit rendre à son épouse le devoir conjugal", disait saint Paul (1 Co 7, 3). Il n’y a donc là aucun péché.

Conclusion :

Si nous supposons que la nature corporelle a été créée bonne par Dieu, les moyens qui sont destinés à la conserver et auxquels incline d’ailleurs son être même, ne sauraient être universellement mauvais. Or, l’attrait qui porte à la procréation des enfants est une inclination naturelle et cette procréation est nécessaire à la conservation de l’espèce. On ne peut donc pas dire que l’acte de génération de l’enfant est mauvais de toute façon, à tel point qu’il ne puisse être accompli dans une juste mesure et devenir ainsi vertueux ; à moins d’admettre l’opinion insensée de ceux qui prétendaient que les choses corruptibles ont été créées par un dieu mauvais : de là, peut-être, est venue cette théorie que le texte des Sentences rapporte, et c’est la plus pernicieuse des hérésies.

Solutions :

1. L’Apôtre, dans le texte cité, n’a pas interdit l’usage du mariage, pas plus qu’il n’a défendu l’usage de la propriété, quand il a dit : "Que ceux qui usent de ce monde, soient comme n’en usant pas". Dans ces deux cas, il en règle la jouissance et c’est ce que montre sa manière de parler. Il ne dit pas en effet : "Qu’ils n’en usent pas ou qu’ils n’en aient pas" mais ceci : "Qu’ils soient comme n’en usant pas ou comme n’en ayant pas".

2. Nous nous unissons à Dieu de deux manières : par l’état de grâce et par l’acte de contemplation et d’amour. Ce qui brise la première union est toujours un péché ; mais ce qui fait obstacle à l’union contemplative et affective n’est pas de soi un péché, car il y a des occupations bonnes qui, ayant pour objet les choses de ce monde, distraient l’âme et la rendent incapable de s’unir au même instant à Dieu ; et c’est ce qui se produit dans l’union charnelle dont le plaisir intense empêche l’âme de s’élever vers Dieu. Pour cette raison, ceux dont l’office consistait à s’adonner à la contemplation des choses divines ou à remplir des fonctions sacrées devaient s’abstenir de rapports avec leurs épouses. Pour cela encore, l’Esprit Saint n’agissait pas sur l’intelligence des prophètes pour leur révéler les secrets divins, quand les prophètes usaient du mariage.

3. Le mouvement de la chair qui accompagne toujours l’acte du mariage engendre une honte non pas coupable, mais pénale : cette peine provient du péché originel, car, à la suite de ce dernier, les puissances inférieures et les membres du corps n’obéissent plus à la raison. Il ne s’ensuit donc pas que l’acte du mariage soit un péché.

4. On n’excuse, à proprement parler, que ce qui semble être un mal sans l’être vraiment, ou, n’en est pas si grand qu’il le paraît ; car il y a des circonstances qui enlèvent toute culpabilité et d’autres qui l’atténuent seulement. Or l’acte du mariage, en raison de la passion déréglée qui s’y attache, a toutes les apparences d’un acte désordonné : voilà pourquoi les biens du mariage lui enlèvent toute culpabilité ; de cette façon, il n’est plus un péché.

5. En vérité, l’acte du mariage et de l’adultère est bien le même matériellement, mais combien différent au point de vue moral, en raison d’une circonstance notable : dans un cas on accomplit cet acte avec son épouse, dans le second avec une autre femme. N’en est-il pas de même dans l’homicide ? Tuer un homme par violence ou le tuer justement sont des actes différents au point de vue moral, bien que ce soient les mêmes au point de vue matériel. Ainsi l’un est-il permis et l’autre défendu.

6. L’excès de la passion opposé à la vertu, non seulement supprime l’exercice de la raison, mais détruit tout Ordre rationnel : ce que ne fait pas le plaisir intense de l’acte matrimonial ; il est vrai qu’alors l’homme ne peut exercer sa raison, mais son action est conforme à l’Ordre rationnel.

Article 4 — L’acte conjugal est-il méritoire ?

Objections :

1. Il semble que non. Saint Jean Chrysostome dit, en effet (Hom 1 sur Mt) : "Bien que le mariage n’attire point de châtiments sur ceux qui en usent, il ne leur procure cependant aucune récompense". Mais la récompense est due au mérite. L’acte conjugal n’est donc pas méritoire.

2. On ne mérite point de louanges quand on renonce à une chose méritoire. Or, on loue ceux qui conservent la virginité et renoncent au mariage. L’acte conjugal n’est donc pas méritoire.

3. Celui qui use d’une indulgence, utilise un bienfait reçu et n’a aucun mérite. Or, celui qui use du mariage agit de cette façon. Il n’a donc aucun mérite.

4. Le mérite consiste dans l’effort comme la vertu. Or, aucun effort n’est requis pour accomplir l’acte du mariage, car, au contraire, on n’y ressent que le plaisir. Ce n’est donc pas méritoire.

5. Ce que l’on ne peut pas faire sans commettre un péché véniel ne sera jamais méritoire, car on ne peut à la fois mériter une récompense et une punition. Or, l’acte conjugal n’est-il pas toujours un péché véniel, puisque le premier mouvement vers une délectation de ce genre est péché véniel ?

Cependant :

1. Accomplir un acte obligatoire est méritoire si on le fait par charité. Or l’acte du mariage est obligatoire puisque saint Paul déclare (1 Co 7, 3) : "L’homme doit rendre à son épouse ce qu’il lui doit".

2. En outre, tout acte de vertu est méritoire. Or l’acte conjugal est un acte de la vertu de justice, et on l’appelle, en effet, le paiement d’un dû. Il est donc méritoire.

Conclusion :

Aucun des actes qui procèdent de la volonté délibérée n’est indifférent, comme on l’a dit ailleurs. L’acte du mariage sera donc toujours ou peccamineux ou méritoire en celui qui possède la grâce. Par suite, accomplir l’acte conjugal sous l’inspiration de la vertu de justice, pour payer son dû, ou de la vertu de religion, pour mettre au monde des êtres destinés à rendre un culte à Dieu, sera une chose méritoire. Mais ce serait un péché véniel que d’accomplir cet acte pour le plaisir, tout en demeurant dans les limites du mariage et en ne désirant d’autre femme que son épouse. Par contre, transgresser les limites permises et être prêt par exemple à accomplir le même acte avec toute autre femme, c’est commettre un péché mortel. Tout mouvement de la nature réglé par la raison est un acte de vertu. S’il est désordonné, c’est un acte de concupiscence.

Solutions :

1. Le mérite qui donne droit à la récompense essentielle du Ciel a pour source la charité, mais le mérite qui donne droit à une récompense surérogatoire est fondé sur la difficulté de l’action à accomplir. Le mariage n’est pas méritoire de cette dernière façon, mais il l’est de la première.

2. L’homme peut mériter en accomplissant une bonne action de moindre valeur, aussi bien qu’en recherchant un bien supérieur : ainsi l’homme qui se détache des biens inférieurs pour en poursuivre de plus grands mérite d’être loué, car il abandonne une oeuvre moins méritoire pour une autre qui l’est davantage.

3. Une permission peut avoir pour objet un moindre mal : ainsi l’acte du mariage. Si on l’accomplit pour le plaisir, en restant dans les limites du mariage, c’est un péché véniel. Si on l’accomplit par vertu, c’est un acte méritoire ; en ce dernier cas, il ne s’agit pas à proprement parler d’indulgence, à moins que l’on entende par là la permission d’accomplir une action bonne mais de moindre valeur : c’est bien plutôt une concession. Il n’y a aucun inconvénient à ce que celui qui use de cette permission ait droit à une récompense, puisque le bon usage des bienfaits de la Providence est une action méritoire.

4. Le mérite qui donne droit à une récompense supplémentaire correspond à la difficulté de l’acte, mais le mérite qui donne droit à la récompense essentielle consiste dans la difficulté à maintenir dans l’Ordre le moyen qui conduit à cette fin ainsi en est-il pour le mérite de l’acte conjugal.

5. Le premier mouvement de la passion que l’on appelle péché véniel est celui qui se porte vers un plaisir désordonné, ce qui n'est pas le cas pour l’acte matrimonial.