Article 3 — Le choix porte-t-il seulement sur les moyens ou quelquefois aussi sur la fin ?
Objections :
1. Il semble bien que le choix ne concerne pas seulement les moyens. Car Aristote, affirme : "C'est la vertu qui rend correct le choix ; mais tout ce que l'on peut faire pour le réaliser relève non pas de la vertu, mais d'une autre puissance." Or ce pourquoi on fait quelque chose est la fin. Le choix porte donc sur la fin.
2. Dans tout choix il y a une préférence. Mais, de même que, parmi plusieurs moyens, l'un peut être préféré à l'autre, ainsi en est-il pour des fins diverses. Il peut donc y avoir choix pour la fin comme pour les moyens.
Cependant :
Aristote affirme : "Tandis que le vouloir est relatif à la fin, le choix, lui, porte sur les moyens."
Conclusion :
Le choix, nous venons de le dire, fait suite à la sentence ou au jugement qui, dans le syllogisme pratique, tient la place de la conclusion. En conséquence, tout ce qui, dans une telle opération, joue le rôle de conclusion tombera sous le choix. Mais ce n'est pas le cas de la fin qui, en matière d'action, a rang non de conclusion mais de principe, dit Aristote. Toutefois, comme dans l'ordre spéculatif rien n'interdit que le principe d'une démonstration ou d'une science soit la conclusion d'une autre - mis à part le cas du premier principe indémontrable qui, lui, ne peut être en aucune façon conclusion - il peut arriver que ce qui est fin d'une action soit à son tour ordonné à une autre fin et devienne ainsi l'objet d'un choix. En médecine par exemple, la santé a valeur de fin, et elle n'a pas à être choisie par le médecin, qui au contraire la suppose comme un principe. Mais la santé du corps est ordonnée au bien de l'âme en sorte que, pour celui qui a soin du salut de l'âme, santé et maladie peuvent devenir objet d'un choix. L'Apôtre dit en effet (2 Co 12, 10) : "C'est lorsque je suis faible que je suis fort." Mais la fin ultime échappe absolument à notre choix.
Solutions :
1. Les fins propres des vertus sont ordonnées à la béatitude comme à la fin ultime, et à ce titre elles peuvent devenir objet de choix.
2. Nous l'avons dit, la fin ultime est unique. Aussi, partout où se présentent plusieurs fins, peut-il y avoir choix entre elles, selon leur ordre à la fin ultime.